Face à l'arrêt cardiaque d'un résident en EHPAD, l'équipe doit enchaîner cinq réflexes : reconnaître l'arrêt en moins de 10 secondes, appeler le 15 sans attendre de médecin, commencer le massage cardiaque, utiliser le défibrillateur dès son arrivée et tenir jusqu'au SAMU. La nuit, ces gestes reposent souvent sur deux ou trois soignants seuls.
Les arrêts cardiaques inopinés sont estimés entre 40 000 et 50 000 chaque année en France, et la survie dépend d'abord de la rapidité des premiers gestes. En EHPAD, la population est âgée et polypathologique, et le médecin n'est pas toujours présent sur site, notamment la nuit et le week-end. Cet article décrit les réflexes conformes aux recommandations européennes de réanimation (ERC) en vigueur, l'organisation à prévoir et la formation des équipes. Le détail des obligations de formation est dans Quels personnels d'un EHPAD doivent être formés à l'AFGSU, et qui finance ?.
Pourquoi l'arrêt cardiaque en EHPAD est un cas à part
L'arrêt cardiaque en EHPAD diffère d'un arrêt dans la rue ou à l'hôpital sur quatre points : l'absence fréquente de médecin, la fragilité des résidents, un environnement contraint et la charge émotionnelle des équipes, qui connaissent la personne.
- L'absence de médecin sur place, surtout la nuit et le week-end. Le 15 devient l'interlocuteur médical immédiat.
- La fragilité des résidents : pathologies cardiaques, traitements anticoagulants, et parfois une décision de limitation des traitements discutée en amont avec le résident, ses proches et le médecin.
- L'environnement : chambres encombrées, lit médicalisé, accès difficile au thorax, couloirs longs jusqu'au défibrillateur.
- La charge émotionnelle : le soignant connaît le résident depuis des mois, parfois des années.
Réflexe n° 1 : reconnaître l'arrêt cardiaque en moins de 10 secondes
Un résident qui ne réagit pas et ne respire pas normalement est en arrêt cardiaque jusqu'à preuve du contraire. Ne perdez pas de temps à chercher une explication.
- Stimuler et appeler : parlez fort, touchez les épaules, appelez le résident par son nom.
- Libérer les voies aériennes et regarder, écouter, sentir la respiration pendant 10 secondes au maximum.
- Conclure : absence de réponse et respiration absente ou anormale signifient arrêt cardiaque. Les gasps, ces mouvements respiratoires lents et bruyants, ne sont pas une respiration normale.
La recherche du pouls ne doit jamais retarder le massage. En cas de doute, considérez qu'il s'agit d'un arrêt cardiaque et commencez.
Réflexe n° 2 : appeler le 15 immédiatement
L'appel au 15 se fait tout de suite, sans attendre l'avis d'un médecin qui n'est pas sur place, et en parallèle du massage. Le médecin régulateur du SAMU guide l'équipe et engage les moyens.
Le schéma idéal à plusieurs soignants :
| Rôle | Qui | Action |
|---|---|---|
| Premier soignant | Celui qui découvre le résident | Reste auprès de lui, crie à l'aide, commence le massage |
| Deuxième soignant | Le premier qui arrive | Appelle le 15, puis l'infirmier ou le cadre d'astreinte |
| Troisième soignant | Si disponible | Apporte le défibrillateur et le chariot d'urgence, prépare l'accueil des secours |
Seul, la nuit, le soignant appelle le 15 en haut-parleur depuis son téléphone professionnel et commence le massage en suivant les consignes du régulateur. Au téléphone, donnez en quelques phrases : le nom et l'adresse de l'établissement, l'étage et la chambre, l'âge du résident, la situation (« arrêt cardiaque, massage en cours »), et toute information utile du dossier, dont une éventuelle décision de limitation des traitements. C'est le médecin régulateur qui oriente la conduite à tenir.
Les recommandations publiées par la HAS le 28 septembre 2026 sur l'urgence vitale intra-hospitalière concernent les établissements de santé, mais leur principe vaut pour l'EHPAD : sans médecin sur place, protocoles locaux et recours immédiat au SAMU.
Réflexe n° 3 : masser sans interruption
Le massage cardiaque est le geste qui maintient l'oxygénation du cerveau en attendant la défibrillation et le SAMU. Il doit commencer dans les secondes qui suivent la reconnaissance de l'arrêt.
- Installez le résident sur un plan dur : sol, ou plan dur glissé sous le dos ; dégonflez le matelas à air s'il en est équipé.
- Placez le talon des mains au centre de la poitrine, bras tendus.
- Comprimez de 5 à 6 cm, à un rythme de 100 à 120 compressions par minute.
- Laissez le thorax revenir complètement entre deux compressions.
- Si vous êtes formé et équipé, alternez 30 compressions et 2 insufflations ; sinon, massez en continu.
- Changez de masseur toutes les 2 minutes pour garder des compressions efficaces.
« Je vais lui casser des côtes. » C'est possible chez une personne âgée et c'est sans commune mesure avec l'enjeu. Une côte se consolide ; un cerveau privé d'oxygène ne récupère pas.
Réflexe n° 4 : utiliser le défibrillateur dès son arrivée
Le défibrillateur automatisé externe (DAE) se pose dès qu'il arrive, sans interrompre le massage pour aller le chercher. Il analyse le rythme cardiaque et guide vocalement l'utilisateur.
Les structures d'accueil pour personnes âgées font partie des établissements recevant du public tenus de s'équiper d'un DAE, au plus tard depuis le 1er janvier 2022 (décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018). Encore faut-il que l'équipe sache où il se trouve et l'ait déjà manipulé.
- Savoir où il est : affichez son emplacement dans chaque unité et vérifiez que l'équipe de nuit le connaît.
- Ne pas interrompre le massage pendant qu'un collègue l'apporte.
- Coller les électrodes sur la peau sèche, l'une sous la clavicule droite, l'autre sur le côté gauche du thorax sous l'aisselle, selon le schéma de l'appareil.
- S'écarter pendant l'analyse et le choc, puis reprendre immédiatement le massage.
- Vérifier le DAE régulièrement : voyant, date de péremption des électrodes et de la batterie.
Réflexe n° 5 : tenir jusqu'à l'arrivée du SAMU
Jusqu'à l'arrivée des secours, l'équipe maintient la qualité du massage et prépare le relais. Personne ne s'arrête sauf si le DAE le demande, si le résident montre des signes évidents de vie ou si le médecin régulateur en donne la consigne.
- Alterner les masseurs toutes les 2 minutes.
- Préparer la transmission : DLU, liste des traitements, antécédents, décision éventuelle de limitation des traitements.
- Guider les secours : un collègue ouvre les accès, attend à l'entrée et conduit l'équipe du SAMU jusqu'à la chambre.
- Tracer : heure de découverte, heure de l'appel, heure du premier choc, nombre de chocs.
Après l'urgence : débriefing et traçabilité
Après un arrêt cardiaque, quelle qu'en soit l'issue, un débriefing de l'équipe et une traçabilité complète sont indispensables. Ils protègent les soignants et améliorent la réponse suivante.
Prévoyez un temps d'échange avec l'équipe dans les heures qui suivent, et un soutien si nécessaire : vivre la mort d'un résident en réanimation est éprouvant. Tracez la prise en charge dans le dossier, informez les proches selon votre procédure, et analysez l'événement : délai d'appel, délai de massage, accès au DAE, fonctionnement du matériel. Selon les circonstances, l'événement peut relever d'une déclaration d'événement indésirable grave à l'ARS. Le retour d'expérience nourrit votre procédure d'urgence vitale et le volet urgences de votre Plan Bleu.
Organiser l'urgence vitale dans votre EHPAD
Une équipe ne peut appliquer ces réflexes que si l'établissement les a organisés. Cinq éléments font la différence la nuit.
| Élément | Ce qu'il faut prévoir |
|---|---|
| Procédure écrite | Une page : reconnaître, appeler le 15, masser, DAE, accueil des secours |
| Matériel | DAE accessible, chariot ou sac d'urgence vérifié, téléphone avec haut-parleur |
| Informations | DLU à jour, décisions de limitation des traitements tracées et accessibles |
| Organisation de nuit | Qui fait quoi à deux ou trois, qui appelle l'astreinte, qui ouvre aux secours |
| Entraînement | AFGSU à jour, simulations in situ régulières, débriefing après chaque événement |
Notre article Procédure urgences vitales en établissement propose une trame de procédure transposable.
AFGSU et simulation : former l'équipe aux 5 réflexes
L'AFGSU est obligatoire pour les professionnels de santé de l'EHPAD et pour les diplômes listés par l'arrêté du 30 décembre 2014, dont les aides-soignants, les AES et les AMP ; elle est recommandée pour les autres personnels, y compris de nuit. L'AFGSU 2 dure 21 heures, l'AFGSU 1 14 heures, et l'attestation est valable 4 ans, avec un recyclage de 7 heures.
L'AFGSU apprend à reconnaître une urgence vitale, à agir dans le bon ordre, à travailler en équipe et à transmettre au 15. La simulation in situ, dans la chambre d'un résident fictif et avec votre propre DAE, vérifie que l'organisation tient la nuit. Chez Learning Experience, nos formateurs AFGSU sont des professionnels de santé en exercice dans un SAMU, un SMUR, un service d'urgences ou de réanimation, où ils prennent en charge des urgences vitales, et sont habilités par un CESU, comme l'exige l'article 6 de l'arrêté du 24 avril 2012. Voir l'AFGSU 2, le recyclage AFGSU et la simulation urgences vitales.
Questions fréquentes
Faut-il attendre l'avis d'un médecin avant d'appeler le 15 ?
Non. En l'absence de médecin sur place, l'équipe appelle le 15 immédiatement, en parallèle du massage cardiaque. Le médecin régulateur du SAMU donne la conduite à tenir et engage les secours. Prévenez ensuite l'infirmier ou le cadre d'astreinte. Attendre un avis médical qui n'est pas sur place fait perdre des minutes décisives.
Un aide-soignant peut-il utiliser le défibrillateur ?
Oui. Le défibrillateur automatisé externe est conçu pour être utilisé par toute personne, même non formée : il analyse le rythme et guide l'utilisateur par la voix. Les aides-soignants sont en outre tenus de suivre l'AFGSU, qui inclut l'utilisation du DAE. L'essentiel est de savoir où il se trouve et de ne pas interrompre le massage.
Que faire si le résident a une décision de limitation des traitements ?
Transmettez l'information au médecin régulateur du 15 dès l'appel : c'est lui qui oriente la conduite à tenir. D'où l'importance que ces décisions soient discutées en amont, tracées dans le dossier et accessibles la nuit. En cas de doute ou d'information introuvable, commencez la réanimation en attendant la consigne médicale.
Un EHPAD est-il obligé d'avoir un défibrillateur ?
Oui. Le décret n° 2018-1186 du 19 décembre 2018 range les structures d'accueil pour personnes âgées parmi les établissements recevant du public qui doivent être équipés d'un DAE, au plus tard depuis le 1er janvier 2022. L'établissement doit aussi en assurer la maintenance et le rendre facilement accessible, y compris la nuit.