La simulation en santé consiste à reproduire une situation de soins avec un mannequin, un simulateur, la réalité virtuelle ou un patient standardisé, pour entraîner des professionnels sans risque pour un patient réel. Selon la HAS, chaque séance suit trois temps : briefing, scénario, débriefing. Le référentiel de certification version 2027 en fait un critère avancé, le 3.2-04.
Qu'est-ce que la simulation en santé selon la HAS ?
La HAS retient une définition précise, issue du rapport de mission sur la simulation en santé qui lui a été remis et reprise sur sa page Simulation en santé. La simulation en santé correspond :
« à l'utilisation d'un matériel (comme un mannequin ou un simulateur procédural), de la réalité virtuelle ou d'un patient standardisé, pour reproduire des situations ou des environnements de soins, pour enseigner des procédures diagnostiques et thérapeutiques et permettre de répéter des processus, des situations cliniques ou des prises de décision par un professionnel de santé ou une équipe de professionnels. »
Trois éléments de cette définition comptent pour un établissement. D'abord, le support n'est pas forcément un mannequin : un comédien, un jeu de rôle ou un exercice sur table entrent dans le champ. Ensuite, la simulation vise autant les gestes que les décisions. Enfin, elle s'adresse à un professionnel seul ou à une équipe, ce qui ouvre la porte au travail sur la coordination.
La HAS en tire une liste d'usages : former à des procédures et à des gestes, acquérir des compétences techniques et non techniques (travail en équipe, communication), analyser ses pratiques lors du débriefing, aborder des situations à risque par des scénarios répétables, et reconstituer des événements indésirables pour en tirer des actions d'amélioration.
Le principe qui résume l'ensemble est rappelé dans le guide méthodologique de la HAS : « Jamais la première fois sur le patient ». Un geste rare, une décision lourde, une coordination d'équipe sous stress doivent avoir été vécus une première fois dans un cadre protégé.
Les guides HAS qui encadrent la méthode
La méthode de simulation en santé repose sur deux guides publiés par la HAS avec la Société francophone de simulation en santé (SoFraSimS). Ce sont les documents à citer si un expert-visiteur vous interroge sur la qualité de vos programmes.
- Le guide de bonnes pratiques en matière de simulation en santé, publié en 2012 et actualisé en mars 2024. Il définit les standards d'organisation, la conduite d'une séance (briefing, scénario, débriefing), les spécificités de la simulation in situ et les aspects éthiques.
- Le guide méthodologique simulation en santé et gestion des risques, publié en 2019, avec ses outils. Il explique comment construire des programmes de simulation face à des risques présents ou prévisibles, avant l'accident (approche a priori) ou à partir d'événements survenus (approche a posteriori).
C'est ce second guide que vise expressément le critère 3.2-04 du référentiel 2027. Le premier reste la référence pour la pédagogie de chaque séance.
Les niveaux de fidélité : ce que le réalisme apporte vraiment
La fidélité désigne, selon le guide HAS de 2024, « la capacité d'une situation ou d'un outil de simulation à reproduire la réalité ». Le même guide distingue la fidélité de la technicité, qui mesure la sophistication de l'outil. Les deux ne vont pas toujours ensemble : la HAS note que la fidélité « n'est pas nécessairement corrélée au degré de la technicité utilisée ».
En pratique, on parle de trois niveaux :
- Basse fidélité : torse de réanimation, bras de perfusion, tête d'intubation, exercice sur table. On répète un geste isolé ou une procédure. Le matériel est simple, robuste, disponible pour plusieurs participants en même temps.
- Fidélité intermédiaire : mannequin qui présente quelques paramètres (pouls, bruits respiratoires), patient simulé par un formateur ou un comédien. On travaille un raisonnement clinique et les premiers réflexes d'équipe.
- Haute fidélité : simulateur patient piloté par ordinateur, dont les constantes évoluent selon les actions de l'équipe, souvent dans un environnement reconstitué et filmé. On travaille une prise en charge complète, évolutive, en équipe.
Le choix se fait à partir de l'objectif pédagogique, jamais à partir du catalogue de matériel. Un massage cardiaque efficace s'apprend mieux sur dix torses que sur un seul simulateur haute fidélité autour duquel neuf personnes regardent. Une détérioration clinique en équipe, à l'inverse, se travaille mieux avec un mannequin qui réagit. Nous détaillons cet arbitrage dans simulation haute fidélité ou basse fidélité et dans comment choisir un mannequin de simulation.
Les modalités de simulation : tableau comparatif
Le guide HAS de 2024 classe les techniques en quatre familles : humaine, synthétique, mixte et numérique, auxquelles s'ajoutent les simulations sur table et les jeux. Chaque modalité sert des objectifs différents.
| Modalité | Principe | Objectif type | Exemple en urgence ou en crise |
|---|---|---|---|
| Simulateur procédural (basse fidélité) | Répétition d'un geste sur un support partiel | Geste technique, automatisme | Compressions thoraciques, pose d'un défibrillateur |
| Simulateur patient (haute fidélité) | Mannequin piloté dont l'état évolue | Raisonnement clinique, travail en équipe | Arrêt cardiaque en chambre, détresse respiratoire |
| Patient simulé ou standardisé | Comédien ou volontaire jouant un rôle défini | Communication, annonce, relation | Accueil d'une famille inquiète, annonce difficile |
| Jeu de rôle | Situation fictive improvisée par les participants | Compétences relationnelles, rôles | Prise de parole du porte-parole en crise |
| Simulation hybride | Patient simulé associé à une partie de mannequin | Réalisme du geste et de la relation | Patient conscient qui se dégrade pendant les soins |
| Simulation sur table | Carte, figurines, injects sur un scénario de grande ampleur | Décision collective, coordination | Exercice de cellule de crise, afflux de victimes |
| Numérique (réalité virtuelle, jeu sérieux) | Environnement virtuel interactif | Décision, procédure, entraînement individuel | Tri de victimes, repérage d'une situation à risque |
| Simulation in situ | Séance dans le service réel, avec l'équipe constituée | Travail d'équipe, test de l'organisation | Urgence vitale avec le chariot et les protocoles du service |
Quelle que soit la modalité, la HAS précise que les activités de type jeu ou escape game, quand elles sont utilisées en simulation, sont « encadrées par un briefing et un débriefing ». C'est cette structure qui fait la différence entre une animation et une séance de simulation.
La séance de simulation en trois temps
Une séance de simulation se déroule, selon le guide HAS de bonnes pratiques, en trois phases distinctes : le briefing, le déroulement du scénario, puis le débriefing. Aucune ne se saute.
Le briefing : poser le cadre
Le briefing est préparé et structuré par le formateur. Le guide HAS le divise en deux parties.
- Le prébriefing familiarise les participants avec le matériel : possibilités et limites du mannequin, matériel disponible, équipements de protection. Il établit le contrat de fiction et distribue les rôles.
- Le briefing proprement dit présente le contexte (ce qui a précédé la prise en charge simulée) et l'environnement. Le formateur rappelle la confidentialité, l'absence de jugement et l'absence de piège intentionnel.
Un briefing bâclé se paie au débriefing : des participants qui se sentent piégés n'analysent plus, ils se défendent.
Le scénario : un objectif, pas un spectacle
Le scénario est rédigé selon un plan type. Le guide HAS demande qu'il décrive le public visé, les objectifs pédagogiques techniques et non techniques, le matériel, les moyens humains, la durée, le ratio formateurs par apprenant, les points majeurs du débriefing et les modalités d'évaluation. Il doit être testé avant d'être utilisé.
Trois règles de construction tiennent sur une ligne chacune :
- deux ou trois objectifs, pas davantage ;
- un contexte plausible pour le service qui joue (même type de patients, même matériel, même heure possible) ;
- des points de bascule qui obligent l'équipe à décider.
Pendant le déroulement, le formateur ajuste le scénario pour maintenir l'équipe en situation de résolution de problème. Il peut faire intervenir un facilitateur pour éviter une impasse, par exemple un « décès » du mannequin non prévu par les objectifs.
Le débriefing : là où l'on apprend
Le débriefing est, pour la HAS, « le temps majeur d'apprentissage et de réflexion de la séance de simulation ». Il ne doit être ni sanctionnant ni traumatisant. Il comporte habituellement trois phases :
- La phase descriptive : chacun exprime son ressenti, puis le groupe reconstitue ce qui s'est passé jusqu'à une vision commune.
- La phase d'analyse, souvent la plus longue : on explore les raisons des actions réalisées ou non, sur quelques points clés choisis avec les participants.
- La phase d'application ou de synthèse : les participants formulent ce qu'ils retiennent et ce qui changera dans leur pratique.
Sur la durée, le guide indique qu'il n'existe pas de durée idéale, mais conseille qu'elle soit au moins égale à celle du scénario. La gestion du stress et la gestion de l'échec font partie des points à aborder. La méthode complète, avec les erreurs à éviter, est détaillée dans notre article sur le débriefing structuré.
La simulation in situ : s'entraîner dans son propre service
La simulation in situ se définit, selon le guide HAS de 2024, par le fait que la séance se déroule « dans l'environnement habituel de travail des participants », et non dans un centre de simulation. Elle s'adresse à une équipe pluriprofessionnelle constituée, en formation continue.
Ses atouts sont propres à l'établissement :
- Le réalisme est augmenté : vos collègues, votre chariot d'urgence, vos locaux, vos procédures.
- Elle teste l'organisation : la HAS la décrit comme un « stress-test des organisations », qui montre les soins tels qu'ils se font et non tels qu'ils devraient se faire. Un chariot mal placé, un numéro d'appel inconnu, une porte qui ne s'ouvre pas apparaissent pendant la séance.
- La progression d'équipe prime sur la progression individuelle, avec des objectifs d'équipe explicités dans chaque scénario.
Elle impose aussi des précautions que le guide détaille : prévenir les personnels et les patients du service, ne pas mélanger médicaments factices et médicaments réels, donner la priorité au matériel de la vie réelle (le défibrillateur unique du service), protéger la sécurité psychologique des participants observés par leurs collègues. La HAS recommande enfin d'intégrer l'in situ dans un programme répété, plutôt qu'en expérience isolée.
C'est le format de notre simulation urgences vitales in situ : vos équipes s'entraînent dans leur service, sur leurs équipements et avec leurs protocoles, puis débriefent.
Ce que le référentiel HAS 2027 attend : critères 3.2-04 et 2.2-12
Le référentiel de certification version 2027, applicable aux visites à partir de janvier 2027, cite la simulation dans deux critères qui ne jouent pas le même rôle.
Le critère 3.2-04 : former à la gestion des risques par la simulation
Le critère 3.2-04, de niveau avancé et applicable à tout l'établissement, s'intitule : « L'établissement forme ses professionnels à la gestion des risques en utilisant des outils de la simulation en santé ». Ses éléments d'évaluation, côté gouvernance, sont trois :
- « Le plan de formation propose des formations intégrant une méthode pédagogique par simulation. »
- « Les programmes de formation par simulation, construits en interne ou proposés par des organismes de formation extérieurs, sont conformes au guide méthodologique de simulation en santé et gestion des risques de la HAS. »
- S'il en construit en interne, l'établissement partage ses programmes avec d'autres établissements (territoire, groupe).
Le texte du critère rappelle que la simulation et la gestion des risques partagent le travail en équipe, l'apprentissage par la pratique et « une approche positive de l'erreur, utilisée pour progresser et non pour sanctionner ». Il insiste sur l'implication de la gouvernance et sur les démarches interprofessionnelles. Notre analyse détaillée : critère HAS 3.2-04 sur la simulation.
Le critère 2.2-12 : des exercices de mise en situation en urgence vitale
Le critère 2.2-12, impératif, porte sur la prise en charge des urgences vitales. Son texte indique que les procédures « sont régulièrement évaluées et améliorées à travers des exercices de simulation d'urgence », et un élément d'évaluation prévoit que « les professionnels de soins réalisent des exercices de mise en situation ». Le critère ne fixe pas de fréquence. Pour montrer une démarche régulière, l'usage est de programmer des exercices datés, débriefés et suivis d'actions dans chaque unité.
Pour le détail des attendus et des preuves, voir critère HAS 2.2-12 : urgences vitales et notre accompagnement au critère 2.2-12.
| Critère 2027 | Niveau | Ce qui est attendu | Preuve utile en visite |
|---|---|---|---|
| 2.2-12 Urgences vitales | Impératif | Exercices de mise en situation des professionnels de soins, procédures évaluées par la simulation | Planning et comptes rendus d'exercices par unité, actions issues des débriefings |
| 3.2-04 Simulation | Avancé | Plan de formation intégrant la simulation, programmes conformes au guide méthodologique HAS | Plan de formation, programmes et scénarios, références au guide HAS |
| 3.1-05 Situations sanitaires exceptionnelles | Impératif | Exercices démontrant une cellule de crise opérationnelle, suivis d'un RETEX | Chronologie d'armement, main courante, RETEX et plan d'actions |
La simulation sert aussi le critère 3.1-05 : un exercice de cellule de crise sur table est une simulation au sens de la HAS. Voir cellule de crise opérationnelle en 45 minutes.
Les bénéfices attendus, et leurs limites
La simulation améliore la préparation des équipes parce qu'elle combine le geste, la décision et la coordination dans une même séance, suivie d'une analyse. Le guide HAS de 2024 rapporte, pour la simulation in situ, des résultats publiés sur le travail en équipe, la conscience de la situation et la communication, et note qu'elle « semble permettre une meilleure transférabilité des acquis ».
Les bénéfices que les équipes constatent le plus souvent :
- Des gestes répétés jusqu'à devenir des automatismes, utiles quand le stress réduit la réflexion.
- Des rôles clarifiés : qui masse, qui pose les électrodes, qui appelle, qui note l'heure.
- Des écarts d'organisation révélés avant qu'un patient en paie le prix.
- Une culture de l'erreur apprenante, alignée sur l'approche que décrit le critère 3.2-04.
Les limites sont réelles. Une séance isolée, sans répétition, s'efface vite. Un scénario sans débriefing reste un jeu. Une séance in situ mal préparée désorganise un service. C'est pour cela que la HAS parle de programmes, pas de séances ponctuelles. Sur la comparaison avec les formats à distance, lire présentiel ou e-learning pour l'urgence.
Construire un programme de simulation : la méthode en 7 étapes
Un programme de simulation se construit à partir des risques de l'établissement, pas à partir du matériel disponible. Ces sept étapes reprennent la logique des guides HAS.
- Partir des risques : événements indésirables, RETEX, urgences vitales survenues, secteurs où l'urgence est rare.
- Fixer des objectifs techniques et non techniques, mesurables, pour chaque public.
- Choisir la modalité et le niveau de fidélité adaptés à chaque objectif.
- Écrire et tester les scénarios selon un plan type, avec les points clés du débriefing.
- Former les formateurs à la conduite du briefing et du débriefing.
- Programmer la répétition : plusieurs séances par an et par équipe plutôt qu'un événement unique.
- Tracer et boucler : comptes rendus, actions d'amélioration, suivi, puis inscription au plan de formation.
✅ Checklist rapide avant une séance :
- ✅ Objectifs écrits et limités à deux ou trois
- ✅ Scénario testé, connu des formateurs
- ✅ Briefing prévu (matériel, contrat de fiction, confidentialité)
- ✅ Temps de débriefing au moins égal au scénario
- ✅ En in situ : service prévenu, matériel réel prioritaire, médicaments factices exclus
- ✅ Compte rendu et actions consignés
Notre approche de la simulation
Alexandre Niggel, fondateur de Learning Experience, est coauteur de l'ouvrage Ludopédagogie en santé (Vuibert, novembre 2024) et intervient au congrès Urgences de la SFMU, où il a présenté en 2026 « Ludopédagogie : les grands principes ». Ces éléments sont détaillés sur notre page À propos.
La simulation urgences vitales in situ de Learning Experience coûte 4 500 € nets par session, en intra, finançable par l'OPCO Santé ou l'ANFH. Elle est animée par des formateurs experts de l'urgence (urgences, réanimation, SAMU-SMUR), formés à la pédagogie par simulation et au débriefing structuré. Pour aller plus loin sur l'approche, lire former par l'expérience.
Organiser une simulation dans vos services
Questions fréquentes
Quelle est la définition de la simulation en santé selon la HAS ?
La HAS définit la simulation en santé comme l'utilisation d'un matériel (mannequin, simulateur procédural), de la réalité virtuelle ou d'un patient standardisé pour reproduire des situations ou des environnements de soins. Le but est d'enseigner des procédures et de permettre de répéter des processus, des situations cliniques ou des prises de décision, seul ou en équipe.
Quelles sont les étapes d'une séance de simulation ?
Une séance comprend trois phases selon le guide HAS de bonnes pratiques. Le briefing pose le cadre, les règles et le contexte. Le scénario est joué par les participants et ajusté par le formateur. Le débriefing, temps majeur d'apprentissage, suit une phase descriptive, une phase d'analyse et une phase de synthèse. Sa durée devrait au moins égaler celle du scénario.
La simulation en santé est-elle obligatoire pour la certification HAS 2027 ?
Le critère 3.2-04, de niveau avancé, attend un plan de formation intégrant la simulation et des programmes conformes au guide méthodologique HAS. Il n'est pas impératif. En revanche, le critère impératif 2.2-12 prévoit que les professionnels de soins réalisent des exercices de mise en situation en urgence vitale, ce qui suppose en pratique des simulations régulières.
Faut-il un mannequin haute fidélité pour faire de la simulation ?
Non. Le référentiel n'impose aucun matériel et la HAS rappelle que la fidélité ne dépend pas forcément de la technicité. Un torse de réanimation suffit pour ancrer les compressions, un exercice sur table pour entraîner une cellule de crise. La haute fidélité se justifie pour des prises en charge complexes en équipe, avec un formateur formé pour la piloter.
Qu'est-ce que la simulation in situ ?
C'est une séance réalisée dans l'environnement habituel de travail de l'équipe, avec ses collègues, son matériel et ses procédures, et non dans un centre de simulation. La HAS la décrit comme un stress-test des organisations. Elle exige des précautions : informer le service, prioriser le matériel réel, exclure les médicaments factices et protéger la sécurité psychologique des participants.