La main courante de cellule de crise est le journal chronologique et horodaté de chaque information reçue, décision prise et action engagée pendant une crise. Tenue en temps réel par un secrétaire de crise dédié, elle sert à piloter, à passer le relais entre équipes, à protéger les décideurs et à fournir la matière du RETEX que demande le critère HAS 3.1-05.

À quoi sert la main courante de la cellule de crise ?

Une cellule de crise prend des dizaines de décisions dans les premières heures d'une crise : déprogrammations, rappels de personnel, ouverture de lits, messages internes, contacts avec l'ARS. Si aucune n'est tracée au moment où elle est prise, elle disparaît une fois la crise passée. On ne peut alors ni apprendre, ni prouver.

La main courante remplit quatre fonctions :

La main courante n'est pas le compte rendu. Le compte rendu est une synthèse rédigée après coup. La main courante se remplit pendant, au fil de l'eau, sans mise en forme : elle capture l'instant, pas l'interprétation.

Elle s'inscrit dans l'organisation d'ensemble de la cellule, décrite dans notre guide cellule de crise à l'hôpital : composition et rôles.

Ce que la HAS attend, et ce qu'elle n'écrit pas

Le référentiel HAS ne cite pas la main courante par son nom, mais le critère 3.1-05 rend sa tenue indispensable. Dans la version 2027 du référentiel de certification, ce critère impératif attend deux choses qui reposent sur une trace horodatée :

Sans heure d'alerte et sans heure d'ouverture, le délai n'est pas démontré. Sans chronologie fiable, le RETEX repose sur des souvenirs. Côté réglementaire, l'article R.3131-10 du Code de la santé publique prévoit que le plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles est évalué, notamment à partir des exercices : là encore, la main courante fournit les faits.

Qui tient la main courante ?

La main courante est tenue par un secrétaire de crise désigné pour cette seule tâche, jamais par un membre qui pilote déjà une fonction. Noter correctement demande une attention pleine : un cadre qui coordonne les services ne peut pas consigner en même temps tous les échanges.

Deux bonnes pratiques :

Le secrétaire a une fiche réflexe à lui, comme les autres membres. Voir fiches réflexes de cellule de crise.

Que noter dans la main courante, et à quel moment

On note tout fait horodaté qui a une conséquence sur la conduite de la crise. En cas de doute, on note. Chaque entrée répond à trois questions minimales : quand, quoi, qui.

À consigner systématiquement :

Ce qui n'a pas sa place : les jugements de valeur, les commentaires sur les personnes, les hypothèses présentées comme des faits. La main courante consigne des faits datés.

Un modèle de colonnes simple

Heure Source ou émetteur Fait, information ou décision Responsable Échéance Statut
14 h 03 SAMU Annonce de l'arrivée de victimes, nombre estimé Standard Reçu
14 h 09 Administrateur de garde Décision de déclencher le plan blanc Administrateur de garde Fait
14 h 12 Secrétaire de crise Lancement de la chaîne d'appel Secrétaire de crise En cours
14 h 31 Responsable médical Déprogrammation du bloc de l'après-midi Responsable médical 15 h 00 Lancé

Ces lignes sont un exemple de format, pas un retour d'expérience réel. L'important : une ligne par fait, une heure par ligne, un responsable identifié.

Le bon rythme : au fil de l'eau, jamais après coup

On note dès que le fait survient, pas à la fin de la réunion, encore moins le lendemain. Une main courante reconstituée de mémoire perd la précision horaire et l'ordre exact des décisions.

Cela impose deux choses :

Cette discipline se construit à l'entraînement. Une équipe qui découvre la main courante le jour d'une crise réelle produit un document lacunaire.

Main courante papier ou numérique : que choisir ?

Les deux supports sont valables. Le papier fonctionne toujours, le numérique apporte l'horodatage automatique, la lisibilité et le partage. Le plus sage est de prévoir les deux.

Critère Registre papier Main courante numérique
Disponibilité en panne ou cyberattaque Totale Dépend du système d'information
Horodatage Manuel Automatique
Lisibilité Variable selon l'écriture Bonne
Partage entre membres ou sites Difficile Immédiat
Exploitation pour le RETEX Fastidieuse Rapide (tri, recherche, export)
Valeur probante Forte si paginé et daté Forte si les entrées sont tracées et non modifiables
Prise en main Immédiate Suppose un outil connu et testé

La version 2027 du critère 3.1-05 cite explicitement les risques numériques dans les plans de gestion des tensions. En cas de cyberattaque ou de panne électrique majeure, une main courante numérique peut devenir inaccessible au pire moment. Voir plan blanc et risques numériques.

La configuration la plus résiliente combine une main courante numérique comme outil principal et un registre papier paginé, rangé dans la salle de crise, activé au moindre doute sur les systèmes d'information. C'est la logique du mode dégradé.

Plan Blanc Pro, webapp éditée par Learning Experience, tient au même endroit le plan blanc, l'annuaire de crise et le registre des exercices et des RETEX. Le diagnostic est gratuit et sans création de compte.

La main courante, socle du retour d'expérience

La main courante fournit la chronologie factuelle sans laquelle toute analyse à froid reste approximative. Elle alimente le RETEX sur trois plans.

  1. La reconstitution de la chronologie. Combien de temps entre l'alerte et l'ouverture de la cellule ? Entre une décision et sa mise en œuvre ? C'est là que l'on mesure si la cellule a été opérationnelle dans les 45 minutes suivant l'alerte.
  2. Les points de rupture. En relisant, on repère les décisions retardées, les informations perdues, les actions lancées deux fois faute de coordination.
  3. L'écart entre le prévu et le réel. La main courante confronte ce que le plan prévoyait à ce qui s'est passé. Le plan se met ensuite à jour à partir du terrain.

Exemple fictif : en exercice, la main courante montre une alerte à 14 h 03 et l'arrivée du dernier membre clé à 15 h 10, soit 67 minutes. Sans trace, ce dépassement aurait été minimisé de mémoire. Avec elle, il devient un fait discuté en RETEX et une action précise : revoir l'arbre d'appel et tester les astreintes.

Pour transformer ces constats en plan d'actions, voir RETEX de gestion de crise et plan d'actions. Pour la méthode de chronométrage, voir cellule de crise opérationnelle en 45 minutes.

La main courante comme preuve pour la certification

En visite, la main courante d'un exercice ou d'une activation montre que la cellule a vraiment fonctionné. Elle documente :

Un plan rangé dans un classeur ne prouve rien. Une série de mains courantes d'exercices, associées à leurs RETEX et à leurs plans d'actions, prouve un dispositif vivant. Pour l'ensemble des attendus, voir critère HAS 3.1-05 : prouver la maîtrise du plan blanc.

Checklist : une main courante prête

La formation cellule de crise de Learning Experience entraîne la cellule à tenir sa main courante sous pression, en mise en situation suivie d'un RETEX : une journée de 7 h, 15 personnes maximum, 3 000 € nets, finançable par l'OPCO Santé ou l'ANFH. Les exercices de crise sont animés par Alexandre Niggel et des professionnels de la gestion de crise sanitaire.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une main courante de cellule de crise ?

C'est le journal chronologique et horodaté tenu pendant une crise, qui consigne en temps réel chaque information reçue, chaque décision et chaque action de la cellule. Elle sert au pilotage, à la continuité entre équipes, à la protection juridique de l'établissement et au retour d'expérience. Elle se distingue du compte rendu, rédigé après coup.

Qui doit tenir la main courante ?

Un secrétaire de crise désigné pour cette seule tâche, avec un suppléant ou un binôme pour les crises longues. Ce ne doit pas être un membre qui pilote déjà une fonction, car noter correctement demande une attention pleine. Le secrétaire a sa propre fiche réflexe et s'entraîne en exercice à filtrer l'essentiel sous pression.

La main courante doit-elle être papier ou numérique ?

Les deux supports sont valables. Le numérique apporte horodatage automatique, lisibilité et partage. Le papier reste disponible en cas de panne ou de cyberattaque. La configuration la plus résiliente combine un outil numérique principal et un registre papier paginé, rangé dans la salle de crise et activé au moindre doute sur le système d'information.

La main courante est-elle exigée par la HAS ?

Le référentiel HAS ne la nomme pas. Mais le critère impératif 3.1-05 attend que des exercices démontrent une cellule opérationnelle dans les 45 minutes suivant l'alerte, et que les exercices soient suivis d'actions d'amélioration issues d'un retour d'expérience. Sans main courante horodatée, ni le délai ni le RETEX ne reposent sur des faits vérifiables.