Un plan de continuité et de reprise d'activité (PCRA) décrit comment chaque service continue de soigner quand une ressource essentielle manque, puis comment il revient à la normale. En établissement de santé, il répond à l'article R.3131-10 du Code de la santé publique et au critère HAS 3.1-07. La méthode part de la perte d'une ressource et se construit service par service.

Une cyberattaque qui coupe le dossier patient, une grève des transports qui vide les équipes, un fournisseur d'oxygène défaillant, une inondation qui ferme un bâtiment : le plan blanc organise l'afflux de patients, mais il ne dit pas comment un service continue de fonctionner quand ses outils habituels disparaissent. C'est le rôle du PCRA. Pour situer le PCRA dans le plan de crise, voir notre guide plan blanc : définition, obligations et déclenchement.

PCRA, PCA, PRA, BIA : de quoi parle-t-on ?

Ces quatre sigles désignent les étapes d'une même démarche de continuité, qui fait partie du plan de crise de l'établissement.

Sigle Nom Question à laquelle il répond Moment
BIA Analyse d'impact sur l'activité Quelles activités ne peuvent pas s'interrompre, et combien de temps ? Avant, en préparation
PCA Plan de continuité d'activité Comment maintenir les activités essentielles pendant la perturbation ? Pendant la crise
PRA Plan de reprise d'activité Comment revenir au fonctionnement normal une fois la ressource rétablie ? Après la crise
PCRA Plan de continuité et de reprise d'activité Les deux à la fois : continuité puis reprise Pendant et après

Dans un établissement de santé, ces documents ne sont pas une démarche à part : ils font partie du plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles.

Ce que disent les textes

Deux textes fondent le PCRA en établissement de santé : le Code de la santé publique pour la continuité en général, le référentiel HAS pour la continuité numérique.

L'article R.3131-10 du Code de la santé publique, dans sa rédaction issue du décret n° 2024-8 du 3 janvier 2024, fixe le contenu minimal du plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles. Parmi les six points figurent les modalités de continuité de l'activité de l'établissement.

Le référentiel de certification HAS, version 2027, est plus précis sur le numérique. Le critère 3.1-07 « Les risques de sécurité numérique sont maîtrisés » pose comme premier élément d'évaluation : « L'établissement dispose d'un plan de continuité et de reprise d'activité formalisé. » Son énoncé évoque « des plans de continuité et de reprise adaptés aux activités les plus critiques ». Le critère 3.1-05, impératif, demande en parallèle que les plans de gestion des tensions intègrent les risques numériques. Voir le volet cyber du plan blanc.

Partir de la perte d'une ressource, pas de l'événement

L'erreur la plus fréquente consiste à écrire un plan par événement : inondation, incendie, panne électrique, cyberattaque, grève. On obtient vite des dizaines de scénarios qui se répètent.

La bonne approche part de la conséquence pour le service. Une inondation, un incendie ou un sinistre technique produisent la même chose : des locaux indisponibles. On construit donc le PCRA sur quatre pertes de ressource :

Ajoutez les scénarios propres à votre établissement si votre analyse de risques le justifie.

Identifier les activités essentielles de chaque service

Pour chaque service, listez les activités qui ne peuvent pas s'interrompre. Dans la plupart des services de soins, on retrouve :

Pour chacune, posez deux questions : combien de temps peut-elle s'interrompre sans risque pour les patients ? Et de quelles ressources dépend-elle ?

Écrire les parades, palier par palier

Pour chaque activité et chaque perte de ressource, la parade décrit ce que fait le service. Elle évolue selon le niveau de dégradation :

Une bonne parade est concrète et locale : « les prescriptions sont rédigées sur les ordonnances papier rangées dans l'armoire de crise du poste de soins ; le cadre de santé les fait saisir à la reprise ». Elle nomme un lieu, une fonction, un délai.

La fiche du service : courte, imprimée, connue

Le livrable utile n'est pas un document de cinquante pages, mais une fiche par service et par scénario, d'une page ou deux, rangée dans le classeur du service et connue de l'équipe. Elle contient :

Cette fiche doit être imprimée : en cas de panne informatique, une version uniquement numérique ne sert à rien.

Les erreurs à éviter

Le PCRA dans la durée

Un PCRA vieillit comme le plan blanc : nouveaux logiciels, nouveaux locaux, nouvelles équipes. Révisez les fiches à chaque révision annuelle du plan, et après chaque changement structurant : déploiement d'une application, déménagement d'un service, changement de fournisseur critique. Désignez dans chaque service un référent qui vérifie que le classeur est complet et que le matériel de secours est en place.

Exercer le PCRA

Un exercice de continuité peut être simple : couper fictivement le dossier patient d'un service pendant deux heures et observer. Les difficultés apparaissent vite : formulaires introuvables, numéros inconnus, ressaisie non organisée. Le retour d'expérience vient ensuite améliorer la fiche.

Voir le guide de l'exercice plan blanc et le plan blanc en mode dégradé. Nos exercices plan blanc, animés par Alexandre Niggel et des professionnels de la gestion de crise sanitaire, peuvent intégrer une bascule en mode dégradé.

Construire le PCRA avec Plan Blanc Pro

Le module PCRA de Plan Blanc Pro, logiciel édité par Learning Experience, applique cette méthode : les quatre pertes de ressource, les activités essentielles, les parades par palier, la fiche d'identité du service saisie une seule fois pour tous les scénarios, et une fiche imprimable par service et par scénario. Pour les scénarios de référence, l'outil propose des parades que vous adaptez, sans jamais les préremplir. Le PCRA partage la même liste de services que votre plan blanc.

À retenir

Textes de référence

Questions fréquentes

Le PCRA est-il obligatoire pour un établissement de santé ?

Oui, en pratique. Le plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles doit préciser les modalités de continuité de l'activité (article R.3131-10 du CSP), et le critère HAS 3.1-07 de la version 2027 demande que l'établissement dispose d'un plan de continuité et de reprise d'activité formalisé. Le PCRA par service est la façon la plus opérationnelle d'y répondre.

Quelle différence entre le PCRA et le plan blanc ?

Le plan blanc organise la réponse de l'établissement à une situation sanitaire exceptionnelle, notamment la montée en capacité face à un afflux de patients. Le PCRA organise la continuité des activités de chaque service quand une ressource manque, puis la reprise. Les deux font partie du même plan de crise et partagent la même liste de services.

Faut-il un PCRA par événement ?

Non. Il est plus efficace de raisonner par perte de ressource : système d'information, personnel, fournisseurs, bâtiments. Une inondation, un incendie ou un sinistre technique produisent la même conséquence, des locaux indisponibles, donc la même parade. On évite ainsi des dizaines de scénarios qui se répètent et que personne ne lit.

Qui doit écrire le PCRA ?

Chaque service, avec son encadrement médical et paramédical, accompagné par la direction qualité et gestion des risques et, pour le numérique, par la DSI. Les parades doivent être décidées par ceux qui les appliqueront : une parade écrite par la direction seule ne correspond pas à la réalité du poste de soins et ne sera pas appliquée.