Un exercice de cellule de crise est organisé sous la responsabilité de la direction. Elle peut le conduire en interne, s'inscrire dans un exercice piloté par l'ARS ou associé au dispositif ORSAN, ou le confier à un prestataire qui conçoit le scénario, observe et rédige le RETEX. Dans tous les cas, l'établissement doit démontrer que sa cellule est opérationnelle et outillée.
La vraie question n'est donc pas « qui a le droit de l'organiser ? », mais « qui peut le faire avec assez de neutralité, de méthode et de traçabilité pour que l'exercice serve vraiment ».
Ce que la HAS attend d'un exercice de cellule de crise
La HAS attend que des exercices prouvent que votre cellule de crise est opérationnelle dans les 45 minutes suivant l'alerte. Le critère 3.1-05 du référentiel de certification version 2027, impératif et applicable à tout l'établissement, le formule ainsi :
« Des exercices, a fortiori les activations réelles, démontrent que la cellule de crise est opérationnelle dans les 45 minutes suivant l'alerte et dispose des outils et procédures nécessaires à son rôle de décision et coordination (prise en charge médicale des patients, organisation de crise, sûreté/sécurité, communication, suivi des victimes et accueil des familles, fonctions support). »
Le même critère ajoute que ces exercices, comme les activations réelles, « sont suivis d'actions d'amélioration issues d'un retour d'expérience ». Trois exigences en découlent :
- un délai mesuré : 45 minutes entre l'alerte et une cellule opérationnelle ;
- six fonctions couvertes par des outils et des procédures, pas seulement des noms dans un organigramme ;
- un RETEX suivi d'actions, sans quoi l'exercice ne compte pas vraiment.
Côté réglementaire, l'article R.3131-10 du Code de la santé publique prévoit que le plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles (dont le plan blanc constitue le second niveau, après le plan de mobilisation interne) est évalué, notamment à partir d'exercices, et révisé chaque année. Pour le détail des conditions d'armement, voir notre checklist de la cellule de crise opérationnelle en 45 minutes.
Les quatre façons d'organiser un exercice de cellule de crise
Il existe quatre configurations possibles : l'exercice interne, l'exercice piloté par l'ARS, l'exercice associé au dispositif ORSAN, et l'exercice confié à un prestataire externe. Elles ne s'excluent pas : un programme annuel solide en combine souvent deux ou trois.
| Organisateur | Ce qu'il teste le mieux | Neutralité de l'observation | Limite principale |
|---|---|---|---|
| Établissement en interne | Rappel de l'annuaire, armement inopiné, exercices courts et fréquents | Faible si les organisateurs jouent aussi | Difficile de jouer et d'observer à la fois |
| ARS, exercice territorial ou zonal | Articulation avec les autorités et les autres acteurs | Variable | Scénario et objectifs qui ne sont pas les vôtres |
| Cadre ORSAN, SAMU, établissement de référence | Risques spécialisés, chaîne préhospitalière et hospitalière | Variable | Priorités propres, fonctionnement interne peu travaillé |
| Prestataire externe | Armement, six fonctions, RETEX structuré sur vos risques | Forte, observateurs qui ne jouent pas | Coût et délai de préparation |
L'établissement en interne
La direction, le référent SSE et la direction qualité conçoivent et animent l'exercice avec leurs propres ressources.
- ✅ Avantages : coût direct faible, connaissance fine des locaux et des équipes, possibilité d'exercices courts et fréquents (rappel de l'annuaire, armement inopiné).
- ⚠️ Limites : les organisateurs font souvent aussi partie de la cellule, donc ils ne peuvent pas jouer et observer à la fois. La neutralité de l'observation est difficile à garantir, et le RETEX risque de minimiser des écarts que l'on connaît déjà.
L'ARS et les exercices territoriaux ou zonaux
L'ARS peut organiser ou coordonner des exercices à l'échelle d'un territoire ou d'une zone de défense, auxquels un établissement peut être associé.
- ✅ Avantages : l'exercice teste l'articulation avec les autorités et les autres acteurs, ce qu'un exercice interne ne permet pas.
- ⚠️ Limites : le calendrier, le scénario et les objectifs ne sont pas les vôtres. Votre cellule peut n'être sollicitée que sur une partie de ses fonctions, et vous ne pouvez pas compter sur ce type d'exercice pour couvrir seul vos besoins.
Les établissements de santé de référence et le SAMU, dans le cadre ORSAN
Le dispositif ORSAN organise la réponse du système de santé aux situations sanitaires exceptionnelles. Dans ce cadre, un établissement peut être associé à des exercices impliquant le SAMU ou un établissement de santé de référence, notamment sur des risques spécialisés. Pour comprendre cette articulation, lisez notre article sur le dispositif ORSAN et le Plan Blanc.
- ✅ Avantages : expertise sur les risques complexes, réalisme de la chaîne préhospitalière et hospitalière.
- ⚠️ Limites : ces exercices ont leurs propres priorités. Ils ne remplacent pas un travail centré sur le fonctionnement interne de votre cellule.
Un prestataire externe
Un organisme spécialisé conçoit le scénario avec l'établissement, anime l'exercice, place des observateurs neutres et rédige le RETEX.
- ✅ Avantages : regard extérieur, observateurs qui ne jouent pas, scénario inconnu des joueurs, RETEX structuré exploitable pour la certification. Toutes les équipes internes jouent leur rôle réel.
- ⚠️ Limites : un coût à budgéter, un délai de préparation, et un besoin de cadrage sérieux avec la direction pour que le scénario colle à vos risques et à votre organisation.
Exercice sur table ou grandeur nature : comment choisir
Choisissez l'exercice sur table pour travailler la décision, les rôles et la communication, et l'exercice grandeur nature pour mesurer les délais et les flux réels une fois les fondamentaux acquis. Le premier mobilise la cellule en salle, sans interrompre les soins ; le second engage réellement les services, les circuits et parfois des plastrons.
La règle pratique : commencer par le format sur table, puis monter en charge. Les avantages, limites et la progression recommandée sont détaillés dans notre article Exercice SSE : formats, scénarios et RETEX.
Préparer un exercice de cellule de crise en 6 étapes
Préparer un exercice de cellule de crise suppose de décider qui pilote, ce que l'on mesure, avec qui et comment on prouve. Ces six étapes valent quel que soit l'organisateur.
- Désigner un pilote et un directeur d'exercice. Le directeur d'exercice ne joue pas : il peut suspendre l'exercice et garantit la sécurité des soins.
- Fixer des objectifs liés au critère 3.1-05. Par exemple : cellule opérationnelle en moins de 45 minutes, six fonctions tenues, main courante ouverte dès l'arrivée du premier membre.
- Choisir le format et l'organisateur. Interne, territorial ou externe, selon votre maturité, vos ressources et le besoin de neutralité.
- Construire le scénario à partir de vos risques. Afflux de victimes, NRBC, cyberattaque, mode dégradé : le scénario doit être plausible pour votre territoire et rester inconnu des joueurs.
- Prévenir les partenaires et sécuriser l'exercice. Informez l'ARS et le SAMU s'ils sont impliqués, prévenez les services non joueurs, prévoyez la mention « exercice » sur chaque message.
- Programmer le RETEX dès le départ. Fixez la date du débriefing à froid et le responsable du plan d'actions avant même le jour J.
Le calendrier type, les rôles et la sécurité de l'exercice sont développés dans notre guide pour organiser un exercice plan blanc.
Mesurer l'armement et produire les preuves
Pour être probant, un exercice de cellule de crise doit produire une chronologie horodatée de l'armement, de l'alerte jusqu'à la cellule opérationnelle. Sans heure de départ et sans heure d'arrivée, le délai de 45 minutes n'est pas démontré.
Les jalons à horodater :
- l'heure de l'alerte (le texte HAS fait partir le délai de l'alerte) ;
- l'heure de décision de déclencher et de lancement de la chaîne d'alerte ;
- l'heure d'arrivée de chaque membre, titulaire ou suppléant ;
- l'ouverture de la main courante ;
- le premier point de situation, fonctions représentées.
Les preuves à réunir pour la visite de certification :
- le programme d'exercices de l'établissement, sur l'année ou sur plusieurs années ;
- les scénarios joués et leurs objectifs ;
- la chronologie d'armement horodatée ;
- la main courante de l'exercice ;
- le RETEX écrit, avec constats et causes ;
- le plan d'actions suivi : responsable, échéance, état d'avancement ;
- les comptes rendus d'activations réelles, que le critère cite expressément.
Critères pour choisir un prestataire d'exercice de cellule de crise
Un bon prestataire se juge sur sa capacité à construire le scénario avec vous, à observer avec neutralité et à livrer un RETEX exploitable. Vérifiez ces points avant de signer :
- ✅ Des intervenants qui pratiquent la gestion de crise ou l'urgence, et qui connaissent le fonctionnement hospitalier.
- ✅ Un scénario construit avec votre direction, à partir de vos risques, et non un scénario générique.
- ✅ Des observateurs neutres, distincts de l'animateur, avec des grilles critériées.
- ✅ Un chronométrage de l'armement explicitement prévu, référé au critère 3.1-05.
- ✅ Un RETEX écrit et un plan d'actions avec responsables et échéances, idéalement avec un suivi après l'exercice.
- ✅ Une certification Qualiopi, qui ouvre l'accès aux financements OPCO Santé et ANFH.
- ✅ Un devis clair : périmètre, nombre de services, format, livrables.
- ⚠️ Méfiez-vous d'une offre qui ne prévoit ni observateurs, ni RETEX écrit : l'exercice aura eu lieu, mais vous n'aurez rien à présenter.
À retenir
Quatre points résument un exercice de cellule de crise utile.
- L'établissement reste responsable de l'exercice, même lorsqu'il le confie à un tiers.
- Le critère impératif 3.1-05 attend une cellule opérationnelle dans les 45 minutes suivant l'alerte, couvrant six fonctions, et un RETEX suivi d'actions.
- Interne, ARS, ORSAN ou prestataire : combinez les options selon votre besoin de neutralité et d'articulation territoriale.
- Sans chronologie horodatée, main courante et plan d'actions suivi, l'exercice ne prouve rien.
Learning Experience, organisme certifié Qualiopi, propose deux formats complémentaires, finançables OPCO Santé et ANFH. La formation cellule de crise dure 1 jour (7 h), pour 15 personnes maximum, à 3 000 € nets : rôles, fiches réflexes, main courante, conduite de réunion, communication, mise en situation et RETEX. L'exercice Plan Blanc et SSE, de 1 500 à 6 000 € nets selon le format, se déroule sur table ou grandeur nature, jusqu'à 4 services, avec un scénario construit avec l'établissement, des observateurs neutres, un RETEX écrit et un plan d'action. Les exercices de cellule de crise sont animés par Alexandre Niggel et des professionnels de la gestion de crise sanitaire. La formation cellule de crise obtient 9,6/10 de satisfaction (source Digiforma, au 21/10/2026).
Organiser un exercice Plan Blanc
Questions fréquentes
Qui doit organiser un exercice de cellule de crise à l'hôpital ?
La direction de l'établissement en est responsable. Elle peut le conduire en interne avec le référent SSE et la direction qualité, participer à un exercice piloté par l'ARS ou associé au dispositif ORSAN, ou le confier à un prestataire externe. Dans tous les cas, c'est l'établissement qui doit démontrer, par ses exercices, que sa cellule est opérationnelle dans le délai fixé par le critère 3.1-05.
Un exercice organisé par l'ARS suffit-il pour la certification HAS ?
Pas nécessairement. Un exercice territorial teste l'articulation avec les autorités, mais son scénario et ses objectifs ne sont pas ceux de l'établissement. Le critère 3.1-05 attend que vos exercices démontrent l'armement de votre propre cellule, sur six fonctions, avec un RETEX suivi d'actions. Un exercice interne ou accompagné reste souvent nécessaire.
Combien coûte un exercice de cellule de crise avec un prestataire ?
Le coût dépend du format et du périmètre. Chez Learning Experience, l'exercice Plan Blanc et SSE va de 1 500 à 6 000 € nets selon qu'il est sur table ou grandeur nature, et la formation cellule de crise d'une journée coûte 3 000 € nets pour 15 personnes. Ces prestations sont finançables par OPCO Santé et ANFH.
Quelles preuves présenter aux experts-visiteurs après un exercice de cellule de crise ?
Présentez le programme d'exercices, les scénarios joués, la chronologie d'armement horodatée, la main courante, le RETEX écrit et le plan d'actions avec son suivi. Ajoutez les comptes rendus d'activations réelles, que le critère 3.1-05 cite expressément. Ces documents montrent que la cellule fonctionne et que l'établissement corrige ses écarts.
Pourquoi faire appel à des observateurs neutres ?
Parce que les membres de la cellule ne peuvent pas jouer et observer en même temps. Des observateurs neutres, munis de grilles critériées, chronomètrent l'armement, notent les décisions et les écarts sans enjeu personnel. Leur relevé factuel donne au RETEX sa crédibilité et permet de bâtir un plan d'actions fondé sur des faits, non sur des impressions.