Un exercice SSE teste la capacité réelle d'un établissement à faire face à une situation sanitaire exceptionnelle. Deux grands formats existent, l'exercice sur table et l'exercice grandeur nature, et le scénario doit partir de vos risques locaux. Sans retour d'expérience écrit et plan d'actions suivi, l'exercice ne vaut pas preuve pour le critère HAS 3.1-05.

Le déclenchement réel ne prévient pas : il tombe un vendredi soir, avec les effectifs du week-end et une cellule de crise à monter dans les 45 minutes. La vraie question n'est donc pas « faut-il faire des exercices », mais quel exercice SSE choisir, avec quel scénario, et comment en tirer une preuve utilisable en visite.

Cet article répond au choix. Si vous cherchez la marche à suivre pas à pas, avec la chronologie, les rôles, un déroulé type et une grille d'observation, consultez plutôt notre guide de l'exercice plan blanc. Pour le cadre du plan lui-même, voir plan blanc : définition, obligations et déclenchement.

Qu'est-ce qu'un exercice SSE ?

Un exercice SSE est une mise en situation qui teste la capacité réelle d'un établissement à faire face à une situation sanitaire exceptionnelle. Il confronte les équipes, les procédures et les locaux à un scénario de crise, pour vérifier ce qui fonctionne, ce qui coince et ce qui manque, avant que la crise ne survienne pour de vrai.

Une situation sanitaire exceptionnelle recouvre tout événement qui déborde les capacités habituelles de fonctionnement :

En établissement de santé, l'exercice plan blanc est la forme la plus courante d'exercice SSE : il teste la montée en capacité, la déprogrammation, le rappel de personnel et l'ouverture de lits. Rappelons que le plan blanc constitue aujourd'hui le second niveau du plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles, après le plan de mobilisation interne (article R.3131-10 du CSP). Pour clarifier ce vocabulaire, notre glossaire des termes SSE, ORSAN et NOVI reprend chaque définition.

À noter : la réponse préhospitalière à un afflux de victimes ne relève plus du « Plan Rouge », appellation obsolète, mais du dispositif ORSEC NOVI. Un exercice SSE hospitalier s'articule souvent avec ce volet préhospitalier, sans se confondre avec lui.

Les formats d'exercice SSE : sur table ou grandeur nature

Il existe deux grands formats d'exercice SSE : l'exercice sur table, où la cellule de crise raisonne un scénario discuté en salle, et l'exercice grandeur nature, qui engage réellement les équipes, les circuits et les locaux. Les deux ne s'opposent pas : ils forment un programme progressif, du moins engageant au plus réaliste.

L'exercice sur table

L'exercice sur table réunit la cellule de crise autour d'un scénario animé oralement. Un animateur injecte des événements (« un deuxième bus de blessés arrive », « le SI vient de tomber »), et les participants décident, échangent, tracent leurs actions, sans mobiliser physiquement les services. C'est le format idéal pour démarrer.

Ses atouts :

Sa limite : il ne teste pas le réel physique. Un annuaire à jour sur le papier peut se révéler introuvable dans le feu de l'action. C'est pourquoi il ne se suffit pas à lui-même.

L'exercice grandeur nature

L'exercice grandeur nature engage réellement l'établissement : on active la cellule de crise, on déploie le circuit d'accueil, on mobilise des figurants patients, on teste les brancardages, la signalétique, les moyens matériels. Il mesure ce que l'exercice sur table ne peut pas voir : les délais réels, les goulots d'étranglement, la fatigue, la coordination sur le terrain.

Plus coûteux et plus complexe à organiser, il se réserve à une équipe déjà rodée par des formats plus légers. Lancer un grandeur nature avec une cellule qui n'a jamais travaillé un scénario sur table, c'est prendre le risque d'un échec démoralisant qui n'apprend rien.

Construire un programme progressif

La logique gagnante est la montée en charge :

  1. un premier exercice sur table pour installer les réflexes de cellule de crise ;
  2. un ou plusieurs exercices sur table thématiques (cyber, afflux, mode dégradé) ;
  3. un exercice grandeur nature quand les fondamentaux sont acquis.

Cette progression rejoint la logique de la cellule de crise opérationnelle en 45 minutes exigée par la HAS : on ne devient pas opérationnel en 45 minutes du premier coup, on le devient à force de répétitions.

Ce que nous observons en exercice

En formation comme en exercice, nous constatons souvent que les exercices SSE ne sont ni planifiés ni récurrents. Sans programme, chaque exercice risque de repartir de zéro, sans lien avec le précédent : les acquis ne s'installent pas et les actions du RETEX ne sont jamais vérifiées. Un programme écrit change la donne : un calendrier connu à l'avance, une progression de l'exercice sur table vers la mise en situation réelle, et à chaque fois un objectif tiré du retour d'expérience précédent. C'est aussi ce qui fait passer d'un plan qui tient sur le papier à un plan éprouvé dans la réalité.

Quels scénarios jouer lors d'un exercice SSE ?

Le bon scénario d'exercice SSE part des risques réels de votre établissement, pas d'un modèle générique. Un scénario téléchargé sur internet ne teste rien : il ne connaît ni votre implantation, ni vos flux, ni vos vulnérabilités. Commencez par votre analyse de risques locale et choisissez le scénario le plus probable ou le plus déstabilisant pour vos équipes.

Quelques familles de scénarios pertinents :

Quel format pour quel scénario ?

Chaque famille de scénarios ne se joue pas de la même façon. Le tableau donne un point de départ, à adapter à votre maturité.

Scénario Services mobilisés en priorité Format conseillé pour commencer Ce qu'il met à l'épreuve
Afflux massif de victimes Urgences, bloc, réanimation, imagerie, accueil des familles Activation de la cellule, puis grandeur nature Tri, déprogrammation, lits d'aval, 45 minutes
NRBC Urgences, sécurité, équipes de décontamination Sur table, puis exercice de déploiement de la chaîne Contrôle des accès, port des protections, zonage
Cyberattaque Tous services, DSI, admissions, laboratoire Sur table, puis bascule papier d'un service Mode dégradé, communication de secours, reprise
Épidémie Médecine, réanimation, hygiène, ressources humaines Sur table sur plusieurs jours simulés Durée, relève, gestion des lits
Mode dégradé technique Services techniques, logistique, services critiques Sur table, puis test réel encadré Énergie de secours, priorisation, continuité

Ce qui fait un bon scénario

Un scénario utile réunit trois qualités :

Un scénario doit sortir les participants de leur confort sans les mettre en échec dès la première injection. L'objectif est d'apprendre, pas de piéger. Le débriefing structuré qui suit l'exercice compte autant que le scénario lui-même : c'est là que les enseignements se fixent.

Le RETEX, ce qui transforme l'exercice SSE en preuve

Sans retour d'expérience écrit et sans plan d'actions suivi, un exercice SSE n'apporte rien d'exploitable, ni pour l'établissement, ni en visite de certification. Un RETEX utile documente les constats, les écarts entre le déroulé attendu et le déroulé réel, puis les actions correctives, chacune avec un responsable, une échéance et un suivi vérifié lors de l'exercice suivant. Le critère 3.1-05 attend cette boucle après chaque exercice et, « a fortiori », après chaque activation réelle. Notre article dédié détaille la méthode RETEX pour bâtir un plan d'actions vraiment opérationnel.

Ce que regarde la certification HAS lors d'un exercice SSE

Le critère impératif 3.1-05 du référentiel HAS 2027 demande que des exercices démontrent l'opérationnalité de la cellule de crise. Le texte est explicite : « Des exercices, a fortiori les activations réelles, démontrent que la cellule de crise est opérationnelle dans les 45 minutes suivant l'alerte ». Les exercices, leurs comptes rendus et les plans d'actions associés sont donc des preuves attendues.

Concrètement, le critère 3.1-05 (impératif, tout l'établissement) demande notamment :

Pour le détail des preuves, voir critère HAS 3.1-05 : prouver la maîtrise du plan blanc, et pour l'ensemble des attendus, les critères urgence de la certification HAS V2027. Notez aussi que le critère 3.2-04 (niveau Avancé) valorise la formation à la gestion des risques par la simulation en santé, conforme au guide méthodologique de la HAS : un exercice SSE bien conçu s'inscrit pleinement dans cette démarche.

Ce que les experts-visiteurs regardent en priorité

En pratique, les experts-visiteurs vérifient d'abord des éléments simples et vérifiables :

Un établissement qui présente deux exercices sur table, un grandeur nature et les RETEX correspondants avec actions clôturées démontre un dispositif vivant. C'est cette dynamique, et non l'épaisseur du classeur, qui fait la différence.

Encore faut-il que cette dynamique soit tracée quelque part. Plan Blanc Pro, logiciel édité par Learning Experience, tient le registre des exercices et des RETEX à côté du plan lui-même, de sorte que la preuve se construit au fil de l'eau plutôt que la veille de la visite.

À retenir

Un exercice bien conçu ne coûte pas seulement du temps : il révèle en quelques heures ce qu'un déclenchement réel vous ferait payer bien plus cher. Le moment idéal pour le programmer, c'est avant la prochaine visite, et surtout avant la prochaine crise.

Nos exercices plan blanc et SSE sont animés par Alexandre Niggel et des professionnels de la gestion de crise sanitaire, adaptés à votre maturité et à vos risques, et finançables par l'OPCO Santé et l'ANFH. Pour un exercice limité à la cellule, voir exercice cellule de crise : qui l'organise, comment le préparer.

Textes de référence

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un exercice sur table et un exercice grandeur nature ?

L'exercice sur table réunit la cellule de crise en salle autour d'un scénario animé oralement : peu coûteux, il teste les circuits de décision et la communication. L'exercice grandeur nature mobilise réellement équipes, locaux et circuits, avec figurants patients. Il mesure les délais et goulots réels, mais suppose une équipe déjà rodée par des formats plus légers.

Un exercice SSE est-il obligatoire pour la certification HAS ?

Le référentiel HAS ne l'écrit pas ainsi, mais il le rend indispensable : au critère impératif 3.1-05, des exercices doivent démontrer que la cellule de crise est opérationnelle dans les 45 minutes, et être suivis d'actions d'amélioration. L'article R.3131-10 du CSP impose aussi une évaluation annuelle du plan, notamment sur la base d'exercices.

Que doit contenir un RETEX après un exercice SSE ?

Un RETEX utile documente les constats (ce qui a fonctionné ou bloqué, avec faits datés), les écarts entre déroulé attendu et réel, puis les actions correctives, chacune avec un responsable nommé, une échéance datée et un suivi vérifié lors de l'exercice suivant. C'est cette boucle qui transforme l'exercice en amélioration traçable et en preuve.