Un chariot d'urgence conforme au critère HAS 2.2-12 est adapté aux patients de l'unité, immédiatement accessible, contrôlé à une fréquence fixée par la procédure, scellé après chaque vérification et tracé. La fiche pédagogique HAS attend une vérification au minimum mensuelle, une traçabilité datée et nominative, et un contrôle complet après chaque utilisation.

Le chariot est l'élément du critère que l'expert-visiteur voit de ses propres yeux. Il ne vous demande pas la procédure : il ouvre le classeur, regarde le scellé, lit la dernière date de contrôle et demande à l'infirmière où se trouve le sac pédiatrique.

Cet article détaille l'organisation du matériel d'urgence : composition, emplacement, contrôle, réapprovisionnement et répartition des rôles. Pour l'ensemble du critère, consultez notre guide du critère HAS 2.2-12 urgences vitales.

Ce que le critère 2.2-12 attend du chariot d'urgence

Le référentiel de certification version 2027 consacre deux éléments d'évaluation au matériel, tous deux évalués par observation :

« Des chariots ou sacs d'urgence, adaptés aux patients pris en charge dans l'unité, sont immédiatement accessibles. » « Les chariots ou sacs d'urgence sont contrôlés, leur vérification est tracée. »

Le critère 2.2-12 est impératif. Un écart constaté sur le chariot pèse donc lourd dans la décision.

La fiche pédagogique HAS sur les urgences vitales (version d'octobre 2026) précise ce que les évaluateurs regardent :

Chariot, sac ou les deux : choisir selon l'unité

Le référentiel parle de « chariots ou sacs ». Le choix dépend du lieu, des patients et du temps de trajet. Les recommandations de septembre 2026 sur l'urgence vitale intra-hospitalière, élaborées par la SFAR, la SFMU et la SRLF et labellisées par la HAS, distinguent le chariot des services et le sac d'intervention de l'équipe spécialisée.

Matériel Où Pour qui Appui
Chariot d'urgence adulte Unités de soins adultes Primo-intervenants du service R2.5.1 : standardisé dans tout l'établissement
Chariot pédiatrique ou néonatal Unités accueillant des enfants ou des nouveau-nés Primo-intervenants du service R2.5.2 : chariots distincts selon l'activité
Matériel spécifique du service À proximité du chariot standard Services aux besoins particuliers R2.5.3
Sac d'intervention adulte et pédiatrique Avec l'équipe spécialisée Équipe UVIH R2.6.2 à R2.6.4 : standardisés, scellés
Sac de zone Halls, consultations, plateaux, bâtiments sans chariot Témoin et premiers renforts Choix local, à justifier par la sectorisation

La fiche pédagogique laisse l'emplacement à l'établissement, au terme d'une analyse des bénéfices et des risques : accessibilité, rapidité de mobilisation, patients déambulants. Local dédié, bureau infirmier ou couloir peuvent convenir, si le choix est argumenté.

Composer le chariot sans liste officielle unique

Il n'existe pas de liste nationale opposable. Les experts constatent que la littérature ne permet pas d'établir une liste exhaustive applicable à tous les établissements (R2.5.5), mais recommandent de standardiser les chariots au sein d'un même établissement (R2.5.1, grade 2).

L'argumentaire propose deux bases de travail à adapter : le listing de matériel de la SFMU (2018) et le protocole de chariot d'urgence de l'OMéDIT Centre-Val de Loire. Il cite aussi des compléments possibles selon les pratiques locales, comme les vidéolaryngoscopes, la capnographie ou les seringues préremplies. Pour les médicaments, il renvoie au livret des médicaments d'urgence de la SRLF.

Pour le sac de l'équipe spécialisée, les experts listent les procédures que le matériel doit permettre a minima (R2.6.3). Ces catégories servent aussi de trame pour organiser les tiroirs d'un chariot. Le tableau ci-dessous est un exemple d'organisation, pas une liste officielle.

Catégorie Exemples génériques Points de contrôle
Oxygéner, ventiler, voies aériennes Source d'oxygène, masques, ballon autoremplisseur, canules, matériel d'aspiration Pression de la bouteille, aspiration fonctionnelle, tailles adulte et enfant
Monitorer Moniteur ou défibrillateur avec électrodes, brassards Charge, électrodes adulte et pédiatriques dans leur date
Perfuser Cathéters, dispositif intra-osseux selon la procédure, solutés, tubulures Péremptions, intégrité des emballages
Arrêt cardiaque et état de choc Défibrillateur, planche de massage, médicaments définis avec la pharmacie Dotation conforme au listing, scellé
Documents Aide cognitive, listing, fiche de contrôle, fiche d'utilisation Version en vigueur, numéro interne affiché

Composez le listing avec ceux qui utilisent le chariot : la fiche pédagogique demande une composition établie « en concertation avec les professionnels habilités à l'utiliser ». Les doses et dilutions n'ont pas leur place sur le chariot : elles relèvent d'une aide médicale validée avec la pharmacie.

Sectoriser : chaque zone rattachée à un matériel

Chaque lieu de l'établissement doit être rattaché à un chariot ou à un sac, y compris les zones sans soins. Le référentiel 2027 vise les urgences vitales d'un patient, d'un professionnel ou d'un visiteur, et la fiche pédagogique cite aussi l'extérieur (parking, parc).

  1. Listez les zones sans matériel propre : halls, consultations, imagerie, laboratoire, secteurs administratifs, parkings.
  2. Rattachez chaque zone au matériel le plus rapide à amener, en trajet réel chronométré.
  3. Reportez chariots, sacs et défibrillateurs sur un plan de masse lisible.
  4. Affichez le plan avec le numéro d'appel interne et dans le classeur de chaque chariot.
  5. Revoyez la sectorisation après tout déménagement de matériel ou de service.

Le détail de cette méthode figure dans notre article sur la procédure urgence vitale attendue pour le 2.2-12.

Contrôler le chariot : fréquence, contenu et scellé

La procédure fixe la fréquence de contrôle selon les risques du secteur, sans descendre sous le minimum mensuel indiqué par la fiche pédagogique HAS. Les experts suggèrent que chaque service assure la maintenance de son chariot scellé (R2.5.4). L'argumentaire cite une étude où les chariots scellés et informatisés semblaient améliorer la fiabilité des contrôles.

Beaucoup d'établissements distinguent deux niveaux de contrôle. Le tableau donne un exemple à adapter, pas une norme.

Contrôle Quand Ce qui est vérifié Trace
Contrôle rapide Fréquence fixée par la procédure (par exemple à chaque poste ou chaque jour dans les secteurs à risque) Scellé intact et numéro relevé, défibrillateur prêt, oxygène, aspiration Date, heure, nom, numéro de scellé
Contrôle complet Au minimum une fois par mois selon la fiche pédagogique HAS Contenu ligne à ligne contre le listing, péremptions, intégrité des emballages Date, nom, anomalies, actions, nouveau scellé
Après utilisation Après chaque urgence ou ouverture Consommations, recomplètement, nettoyage Fiche d'utilisation, nouveau scellé
Après rupture du scellé Dès constat Contenu complet Motif de l'ouverture, nouveau scellé
Maintenance du matériel Selon le plan biomédical Défibrillateur, aspirateur, moniteur Traçabilité biomédicale

Le scellé numéroté est la clé du système : un chariot scellé avec un numéro tracé n'a pas été ouvert depuis le dernier contrôle complet. Un scellé rompu sans trace d'utilisation déclenche un contrôle complet immédiat.

Le classeur du chariot : cinq documents, pas plus

Le classeur se limite à ce qui sert pendant l'urgence et au contrôle. Une procédure complète et d'anciennes versions ralentissent l'équipe.

  1. Couverture : numéro d'appel interne et plan de la zone couverte.
  2. Aide cognitive : les experts suggèrent qu'elle soit placée sur le chariot pour les primo-intervenants (R2.7.1). La HAS en publie une version adulte modifiable.
  3. Listing du contenu, adulte et pédiatrique séparés.
  4. Fiche de contrôle avec les deux niveaux et les numéros de scellé.
  5. Fiche d'utilisation et de réapprovisionnement, qui part vers la qualité après chaque urgence.

Réapprovisionner après une urgence

Le chariot doit redevenir opérationnel au plus vite après chaque utilisation. Le circuit tient en six étapes, à écrire dans la procédure :

  1. L'équipe note sur la fiche d'utilisation le matériel et les médicaments consommés.
  2. Un chariot ou sac de remplacement est mis en place si le secteur ne peut pas rester sans matériel.
  3. La pharmacie et le magasin reçoivent la demande de recomplètement.
  4. Un soignant habilité recomplète, contrôle ligne à ligne et pose un nouveau scellé.
  5. Le défibrillateur est remis en état (électrodes, charge, mémoire selon la procédure).
  6. La fiche d'utilisation rejoint le registre des urgences vitales tenu par la qualité.

Tout manque constaté pendant l'urgence fait l'objet d'une déclaration d'événement indésirable. Les recommandations suggèrent un registre unique et des revues de morbi-mortalité dédiées (R3.9.1 et R3.9.2) : c'est là que les défauts de matériel deviennent des actions.

Qui fait quoi : service, pharmacie, biomédical, qualité

L'argumentaire des recommandations confie le suivi du contenu à une équipe pluridisciplinaire et pluriprofessionnelle : médecins, pharmaciens, infirmiers, aides-soignants. Le service reste responsable de son chariot (R2.5.4). Voici une répartition courante, à adapter :

Acteur Rôle
Référent médical urgences vitales Valide la composition standard et ses variantes, arbitre les ajouts
Pharmacie Dotation en médicaments et dispositifs, péremptions, révision du listing
Biomédical Maintenance préventive et curative des défibrillateurs, aspirateurs, moniteurs
Cadre de santé Organise les contrôles, vérifie la traçabilité, forme les nouveaux arrivants
Infirmiers et aides-soignants Contrôles, recomplètement, scellé
Qualité et gestion des risques Audits des chariots, registre, suivi des événements indésirables

Les pièges fréquents sur le chariot d'urgence

Les écarts les plus courants sont visibles en quelques secondes lors d'une visite.

Checklist avant la visite de certification

Learning Experience audite vos chariots et votre sectorisation, puis met vos équipes en situation dans leur propre service, avec leur propre matériel : voir notre accompagnement au critère 2.2-12, notre audit urgences et SSE ou notre simulation in situ en urgences vitales. Pour le cadre complet, lisez aussi notre synthèse des recommandations HAS sur l'urgence vitale intra-hospitalière.

Questions fréquentes

À quelle fréquence contrôler le chariot d'urgence ?

La procédure de l'établissement fixe la fréquence selon les risques du secteur. La fiche pédagogique HAS sur les urgences vitales indique une vérification au minimum une fois par mois, et un contrôle complet après chaque utilisation. Beaucoup d'établissements ajoutent un contrôle rapide plus fréquent du scellé, du défibrillateur, de l'oxygène et de l'aspiration.

Existe-t-il une liste officielle du contenu du chariot d'urgence ?

Non. Les recommandations de septembre 2026 constatent qu'aucune liste exhaustive ne s'applique à tous les établissements (R2.5.5). Elles recommandent en revanche de standardiser les chariots dans un même établissement (R2.5.1) et proposent comme base de travail le listing SFMU de 2018, à adapter avec vos médecins et votre pharmacie.

Le chariot d'urgence doit-il être scellé ?

Oui, c'est l'attendu. La fiche pédagogique HAS prévoit qu'après vérification, les chariots ou sacs sont scellés, et les experts suggèrent que chaque service entretienne son chariot scellé (R2.5.4). Le numéro de scellé relevé sur la fiche de contrôle prouve que le contenu n'a pas été touché depuis le dernier contrôle complet.

Que doit contenir la fiche de traçabilité du chariot ?

Selon la fiche pédagogique HAS : la date, le nom du vérificateur, les dates de péremption des dispositifs à usage unique et des médicaments, la vérification de l'intégrité des emballages. Ajoutez le numéro de scellé, les anomalies, les actions correctives et la maintenance du défibrillateur pour rendre la fiche exploitable lors d'un audit.

Faut-il un chariot pédiatrique dans chaque service ?

Non, seulement là où des enfants sont pris en charge. Le critère 2.2-12 exige un matériel « adapté aux patients pris en charge dans l'unité ». Les experts suggèrent des chariots distincts adulte, pédiatrique et néonatal, positionnés selon l'activité des services (R2.5.2), et un sac d'intervention pédiatrique pour l'équipe spécialisée (R2.6.4).