Une procédure urgence vitale conforme au critère impératif 2.2-12 du référentiel HAS 2027 répond à quatre questions : comment détecter, qui alerter et par quel numéro unique, quel matériel faire venir et qui fait quoi, puis comment tracer chaque situation réelle pour en tirer un retour d'expérience. Elle s'applique à tout l'établissement, pour un patient, un professionnel ou un visiteur, de jour comme de nuit.

L'expert-visiteur ne juge pas votre procédure à son épaisseur. Il vérifie qu'elle décrit ce qu'il observe : le numéro affiché est celui qui sonne, le chariot désigné est celui qu'on va chercher, la fiche remplie pendant l'urgence arrive au registre.

Ce guide détaille le contenu d'une procédure écrite complète, tiré des procédures que nous auditons et harmonisons en établissement. Pour le critère dans son ensemble, consultez notre guide du critère HAS 2.2-12.

Ce que le critère 2.2-12 exige d'une procédure urgence vitale

Le critère 2.2-12 n'impose aucun modèle de document. Il fixe six éléments d'évaluation que votre procédure doit rendre possibles et vérifiables.

En gouvernance, évaluée en audit système :

« Le dispositif de prise en charge des urgences vitales fait l'objet d'une évaluation régulière de son efficacité, reposant notamment sur un retour d'expérience des situations réellement vécues (tracées dans le registre). »

Côté professionnels, évalués en parcours traceur :

« Il existe un numéro d'appel unique et dédié, connu des professionnels, pour joindre directement un médecin habilité à intervenir en cas d'urgence vitale survenant chez un patient, un professionnel ou un visiteur. » « Tous les professionnels de soins sont formés aux gestes de première urgence (détection d'une urgence vitale, conduite à tenir…). » « Les professionnels de soins réalisent des exercices de mise en situation. »

En observation :

« Des chariots ou sacs d'urgence, adaptés aux patients pris en charge dans l'unité, sont immédiatement accessibles. » « Les chariots ou sacs d'urgence sont contrôlés, leur vérification est tracée. »

Trois mots pèsent sur la rédaction. « Registre » : la procédure organise sa tenue. « Visiteur » : elle couvre toute l'enceinte, parkings compris. « Adaptés aux patients » : elle prévoit un contenu pédiatrique là où des enfants sont pris en charge. Pour les méthodes d'évaluation, voyez comment se déroulent le patient traceur et l'audit système.

Les recommandations HAS de septembre 2026 sur l'urgence vitale intra-hospitalière vont dans le même sens : numéro court, registre unique, aide cognitive au chariot, appel immédiat du SAMU en l'absence de médecin sur place.

Les rubriques d'une procédure urgence vitale complète

Une procédure complète compte une douzaine de rubriques, précédées d'un cartouche (rédaction, validation, approbation, dates) et d'un historique des versions.

Les conduites à tenir reprennent les situations de la fiche pédagogique HAS sur les urgences vitales : arrêt cardiaque, inconscience, obstruction des voies aériennes, hémorragie sévère, réaction allergique grave, asthme grave, malaise cardiaque, troubles du rythme. Complétez selon votre activité. Les doses et dilutions vont dans une aide à la décision réservée aux médecins.

Le numéro unique et le circuit d'alerte

Le numéro d'alerte est unique, court, actif 24 h/24 et joignable depuis tous les téléphones de l'établissement : postes fixes, DECT, portables professionnels. Il fait sonner directement un médecin habilité. Quand aucun médecin n'est sur place, le même numéro doit aboutir au SAMU (15), sans second appel.

La procédure décrit le circuit plage par plage :

Elle précise les gestes du témoin : appeler à l'aide sans quitter la victime, composer le numéro, faire venir le chariot ou le sac de la zone et le défibrillateur, commencer les gestes, transmettre un message structuré (outil SAED). Il ne cherche pas le médecin dans son bureau. Le numéro est affiché dans tous les locaux, administratifs compris, et en couverture du classeur de chaque chariot.

⚠️ Tracez un test du numéro de jour et de nuit, sur chaque site, après toute modification de la téléphonie. Retirez l'ancien numéro des affiches.

Sectoriser le matériel d'urgence

Chaque zone de l'établissement doit être rattachée à un chariot ou à un sac identifié, y compris les zones qui n'ont pas de matériel propre. La méthode la plus lisible : une couleur par chariot ou sac de rattachement, et chaque zone couverte prend la couleur de son matériel sur les plans.

  1. Listez les zones sans matériel propre : parkings, halls, plateaux techniques, consultations, laboratoire, bâtiments annexes, secteurs administratifs.
  2. Rattachez chaque zone au matériel le plus rapide à amener, en trajet réel, pas selon l'organigramme.
  3. Attribuez une couleur à chaque chariot ou sac et coloriez les zones qu'il couvre.
  4. Affichez les plans sur l'affiche du numéro, en couverture du classeur et en annexe. Un plan de masse se lit mieux que les plans d'évacuation incendie.
  5. Reportez chaque défibrillateur sur les mêmes plans.

Hors des zones de soins, le témoin appelle, envoie une seconde personne chercher le matériel de la zone et commence les gestes. Un sac centralisé à l'accueil, disponible jour et nuit, peut simplifier cette couverture.

Piège : des zones encore « à confirmer » le jour de la validation. La sectorisation se revoit chaque année et après tout déplacement de matériel.

Répartir les rôles autour de la victime

La procédure nomme six rôles et désigne qui tient celui de leader : le médecin présent ou, en son absence, le soignant le plus expérimenté jusqu'à l'arrivée du médecin ou du SAMU. Ce rôle ne demande pas de diplôme de médecine d'urgence.

En effectif réduit, la nuit notamment, la procédure indique quels rôles se cumulent.

Le classeur du chariot d'urgence

Le classeur du chariot se limite à cinq éléments. Au-delà, il devient inutilisable dans l'urgence.

  1. Couverture : le numéro unique et le plan du secteur, dans la couleur de la zone.
  2. Fiches réflexes : une par situation, conçues comme aides cognitives. Dans les sacs, elles sont plastifiées avec le listing.
  3. Listing : contenus adulte et pédiatrique distincts, révisés chaque année par la pharmacie. Tout matériel cité par une fiche réflexe y figure.
  4. Fiche de contrôle : fréquence fixée par la procédure (par exemple quotidienne pour le scellé, le défibrillateur, l'aspiration et l'oxygène), contrôle complet après chaque utilisation ou rupture du scellé.
  5. Fiche d'utilisation et de réapprovisionnement : heures clés et matériel consommé sur le même document.

Pas de feuille en double : un seul document est rempli pendant l'urgence. Piège : un classeur qui contient la procédure complète et d'anciennes versions.

Après l'urgence : fiche d'utilisation, registre, événements indésirables, RETEX

La fiche d'utilisation remplie est transmise à la cellule qualité dans un délai court, par exemple 24 heures. Elle alimente le registre unique et, en cas d'écart, la déclaration d'événement indésirable. Ce circuit rend possible le retour d'expérience exigé.

La procédure prévoit aussi un débriefing à chaud animé par un professionnel formé, centré sur l'organisation et le travail d'équipe (voir notre méthode de débriefing structuré), un soutien aux équipes, l'information des proches tracée par le médecin et le réapprovisionnement tracé du chariot.

Le registre unique, tenu par la qualité, remplace les registres de service. Il recense date et heure, appelant et appelé, lieu, personne concernée, circonstances, délais (appel, matériel, premier choc, arrivée du médecin ou du SAMU), matériel utilisé, devenir, anomalies.

Tout écart (retard, matériel manquant ou défaillant, difficulté d'alerte) donne lieu à une déclaration d'événement indésirable et à une analyse en CREX. Un décès peut justifier une revue de mortalité et de morbidité (RMM).

Faire vivre la procédure urgence vitale

Une procédure vit par des exercices de mise en situation dans chaque secteur, de jour et de nuit, une révision annuelle et après tout changement (numéro, matériel, locaux), et des indicateurs suivis en instance qualité.

Checklist : votre procédure urgence vitale est-elle complète ?

Si plusieurs cases restent vides, Learning Experience audite votre dispositif, rédige ou harmonise votre procédure, sectorise votre matériel sur plans et conduit des simulations in situ dans vos services : voir notre accompagnement au critère HAS 2.2-12, demander un audit de votre préparation ou organiser une simulation dans vos services. Les simulations sont finançables par l'OPCO Santé ou l'ANFH ; l'audit et l'accompagnement procédure sont des prestations de conseil.

Questions fréquentes

Quel numéro choisir pour l'alerte urgence vitale interne ?

Un numéro unique, court et dédié, actif 24 h/24, joignable depuis tous les téléphones de l'établissement, qui fait sonner directement un médecin habilité. Aux heures sans médecin sur place, il doit aboutir au SAMU (15) sans second appel. Il est affiché dans tous les locaux et testé de jour comme de nuit.

Qui dirige la réanimation en l'absence de médecin ?

Le soignant le plus expérimenté présent tient le rôle de leader jusqu'à l'arrivée du médecin ou du SAMU. Ce rôle ne demande pas de diplôme de médecine d'urgence : il consiste à attribuer les rôles, rythmer les cycles et vérifier l'exécution. La procédure doit le prévoir explicitement, sinon personne ne dirige.

Faut-il inscrire les doses de médicaments dans la procédure urgences vitales ?

Non, pas dans le corps du texte destiné à tous. Les fiches réflexes soignantes décrivent les gestes et l'alerte. Les doses et dilutions figurent dans une aide à la décision médicale annexée, remise aux médecins et validée avec la pharmacie. Cette séparation évite les erreurs et allège le classeur du chariot.

Comment prouver le retour d'expérience demandé par le critère 2.2-12 ?

Par un registre unique de toutes les urgences vitales réelles, alimenté par la fiche d'utilisation du chariot transmise à la qualité. Chaque écart donne lieu à une déclaration d'événement indésirable et à une analyse en CREX, un décès pouvant justifier une RMM. L'exploitation annuelle du registre montre l'évaluation régulière du dispositif.