Les recommandations sur l'urgence vitale intra-hospitalière, mises en ligne par la HAS le 28 septembre 2026, demandent à chaque établissement une filière institutionnelle : procédure écrite, numéro d'appel unique (le 2222 est suggéré), chariots standardisés avec une aide cognitive, registre unique, formation par simulation et recours immédiat au SAMU quand aucun médecin compétent en soins critiques n'est présent.

Ce texte est une recommandation de bonne pratique élaborée par la Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR), la Société française de médecine d'urgence (SFMU) et la Société de réanimation de langue française (SRLF), puis labellisée par la HAS. Des représentants du CARO (obstétrique), de l'ADARPEF et du GFRUP (pédiatrie) et de la SFPC (pharmacie clinique) y ont contribué. Le Collège de la HAS l'a adopté le 3 septembre 2026.

Il ne remplace pas le référentiel de certification, mais détaille la méthode pour répondre au critère impératif 2.2-12 de la version 2027. Pour le critère lui-même, consultez notre guide du critère HAS 2.2-12 urgences vitales.

Ce que contiennent les recommandations UVIH 2026

Les recommandations répondent à 14 questions réparties en 4 champs : la mise en place et le déclenchement de la filière, les ressources matérielles et humaines, le suivi et la formation, puis les situations particulières. Elles définissent l'urgence vitale intra-hospitalière (UVIH) comme toute situation clinique aiguë survenant dans un établissement, mettant en jeu le pronostic vital et nécessitant une intervention médicale immédiate.

La page officielle de la HAS propose cinq documents :

Champ Questions Thèmes
1. Mise en place et déclenchement Q1 à Q4 Filière institutionnelle, procédure, scores d'alerte précoce, numéro unique, régulation de l'appel
2. Conditions matérielles et ressources humaines Q5 à Q8 Chariot d'urgence, sac d'intervention, aides cognitives, composition minimale de l'équipe
3. Suivi et fonctionnement Q9 à Q11 Registre unique, revues de morbi-mortalité, information des proches, formation
4. Spécificités organisationnelles Q12 à Q14 Établissements sans médecin 24 h/24, pédiatrie, visiteurs et personnels

Le niveau de preuve : lire « recommandé » et « suggéré » différemment

La méthode GRADE distingue les recommandations fondées sur la littérature (grade 1 ou 2, formulées « il est recommandé ») des avis d'experts (formulés « les experts suggèrent »). Ici, aucune recommandation n'atteint le grade 1. Quatre recommandations sont de grade 2, la grande majorité sont des avis d'experts, et quatre questions n'ont pas permis de conclure.

Recommandation Contenu Force
R1.1.1 Mettre en place une filière UVIH institutionnelle Grade 2
R1.3.1 Mettre en place un numéro unique Grade 2
R2.5.1 Standardiser les chariots d'urgence au sein d'un même établissement Grade 2
R3.11.2 Former les professionnels à la prise en charge d'une UVIH par simulation Grade 2
R3.11.1 Vérifier que les professionnels de santé disposent d'une AFGSU 2 valide délivrée par un CESU Obligation réglementaire

Ces cinq points forment le socle. Les avis d'experts (2222, aide cognitive, registre unique, recours au SAMU) ont obtenu un accord fort du groupe de travail : ce sont des orientations solides, pas des options.

Organiser la filière : procédure écrite et quatre volets

La première recommandation demande une filière UVIH institutionnelle (R1.1.1), portée par une procédure écrite, explicite, standardisée et accessible à tous. Les experts suggèrent qu'une équipe multidisciplinaire la rédige, avec un référent médical identifié (R1.1.2).

La procédure s'organise en quatre volets (R1.1.3) :

  1. Détection précoce : surveillance clinique qui repère la dégradation.
  2. Activation : modalités d'appel et de transmission, simples et activables par tous. L'argumentaire cite l'outil SAED de la HAS (situation, antécédents, évaluation, demande).
  3. Intervention : premiers gestes des équipes de proximité, puis intervention de l'équipe spécialisée. L'argumentaire mentionne un délai d'arrivée cible inférieur à 5 minutes.
  4. Débriefing : analyse après l'intervention, au service de l'amélioration continue.

Deux avis d'experts touchent à l'éthique. La procédure s'accompagne d'une réflexion anticipée sur le niveau d'engagement thérapeutique des patients hospitalisés (R1.1.4). Cette réflexion peut conduire à une procédure collégiale de limitation ou d'arrêt des traitements, tracée dans le dossier médical (R1.1.5).

Les scores d'alerte précoce ne sont pas imposés. Pour la question 2, les experts concluent que la littérature ne permet pas de démontrer leur bénéfice sur la morbi-mortalité par rapport à une surveillance fondée sur les seuls signes vitaux (R1.2.1). Si votre procédure en utilise un, présentez-le comme un choix local, pas comme une exigence.

Le détail des rubriques d'une procédure conforme est développé dans notre article sur la procédure urgence vitale attendue pour le 2.2-12.

Le numéro unique : le 2222 suggéré

Il est recommandé de mettre en place un numéro unique pour déclencher l'équipe spécialisée (R1.3.1, grade 2). Les experts suggèrent, en conformité avec les propositions européennes, que ce numéro soit le 2222 (R1.3.2). Il doit être joignable depuis les DECT, les postes fixes et les téléphones portables professionnels (R1.3.3).

L'argumentaire justifie ce choix par la mémorisation. Il cite une étude danoise où seulement 45 % des médecins hospitaliers donnaient le bon numéro d'appel, et rappelle l'appel conjoint de trois sociétés savantes européennes en faveur du 2222. Il décrit aussi un système idéal : localisation du poste qui appelle, orientation vers l'équipe du secteur, et débordement vers une autre équipe ou vers le 15 en cas de panne.

Sur la régulation de l'appel par une personne extérieure à l'équipe spécialisée, les données sont insuffisantes hors obstétrique (R1.4.1). Chez les patientes obstétricales, les experts suggèrent de ne pas interposer de régulation (R1.4.2).

La mise en œuvre pas à pas (choix du numéro, circuit de nuit, tests, affichage) est détaillée dans notre guide du numéro d'appel unique urgence vitale.

Chariot, sac d'intervention et aide cognitive

Le matériel doit être standardisé à l'échelle de l'établissement. C'est la seule recommandation de grade 2 du champ matériel (R2.5.1).

Les avis d'experts précisent l'organisation :

L'aide cognitive est placée sur les chariots d'urgence et utilisée par les primo-intervenants (R2.7.1). La version adulte proposée par les experts tient sur une double page : un volet arrêt cardiaque, un volet urgence vitale hors arrêt cardiaque, puis une page de traçabilité (heures, intervenants, information des proches, suites à donner, déclaration d'événement indésirable grave, débriefing). Elle est modifiable : vous y inscrivez votre numéro interne.

L'argumentaire insiste sur un point : la présence d'une checklist ne suffit pas sans formation des équipes à son usage. Le contrôle et la traçabilité du matériel sont détaillés dans notre article sur le chariot d'urgence : contenu, contrôle et traçabilité.

Quand l'établissement dispose d'une permanence médicale compétente en soins critiques sur site, l'équipe spécialisée compte au minimum un médecin senior et un infirmier, formés aux urgences vitales (R2.8.1).

Registre unique et revues de morbi-mortalité

Les experts suggèrent un registre institutionnel unique de suivi de la filière (R3.9.1) et des réunions de morbi-mortalité régulières qui lui sont consacrées (R3.9.2). Le registre est commun à toutes les équipes spécialisées de l'établissement.

L'argumentaire, s'appuyant sur le consensus international de type Utstein, liste les données à recueillir : informations sur l'établissement, identification du patient, actions de l'équipe spécialisée, délais d'intervention, événements indésirables graves et devenir du patient. Il souligne un intérêt immédiat : repérer les patients qui ont déjà déclenché l'équipe, leur fragilité pouvant justifier une orientation anticipée vers les soins critiques.

Le formulaire annuel de suivi proposé par la HAS récapitule la capacité de l'établissement, la composition et la disponibilité de l'équipe, les zones couvertes, les critères de déclenchement et les chiffres de l'année (activations, arrêts cardiaques, décès). C'est une base directe pour l'élément de gouvernance du 2.2-12, qui attend un retour d'expérience des situations « tracées dans le registre ». Pour présenter ce bilan en instance, voyez notre modèle de bilan annuel de préparation aux urgences.

Après un décès, l'annonce aux proches est faite et tracée par le médecin responsable du patient ou, à défaut, par le médecin intervenu (R3.10.1), selon une organisation décrite dans la procédure (R3.10.2).

Formation : AFGSU, simulation et entraînement annuel

Le champ formation contient l'unique obligation réglementaire du texte : vérifier que les professionnels de santé disposent d'une attestation de formation aux gestes et soins d'urgence de niveau 2 valide, délivrée par un CESU (R3.11.1). Le cadre est fixé par l'arrêté du 3 mars 2006 modifié, notamment par l'arrêté du 30 décembre 2014.

Les recommandations vont au-delà de l'AFGSU :

Ces points rejoignent les exercices de mise en situation attendus par le 2.2-12 et le critère 3.2-04 sur la simulation. Pour organiser ces séances, voyez notre simulation in situ en urgences vitales et notre formation AFGSU 2, dont l'attestation est délivrée par le CESU.

Établissements sans médecin la nuit, pédiatrie, visiteurs

Le champ 4 traite les organisations qui s'écartent du modèle hospitalier type.

Ce dernier point rejoint le référentiel 2027, qui vise toute urgence vitale « survenant chez un patient, un professionnel ou un visiteur ». La fiche pédagogique HAS sur les urgences vitales étend même le périmètre à l'extérieur des locaux (parking, parc).

Tableau : du critère 2.2-12 aux recommandations

Chaque élément d'évaluation du critère 2.2-12 trouve un appui dans les recommandations. Le tableau ci-dessous relie le texte du référentiel version 2027 aux recommandations et aux preuves à préparer.

Élément du critère 2.2-12 Recommandations UVIH 2026 Preuves à préparer
Évaluation régulière du dispositif, retour d'expérience des situations tracées dans le registre R3.9.1, R3.9.2, formulaire annuel Registre unique, bilan annuel, comptes rendus de RMM ou de RETEX, plan d'actions
Numéro d'appel unique et dédié, connu des professionnels R1.3.1 à R1.3.3, R4.12.2 Affiches, schéma du circuit jour et nuit, tests tracés
Professionnels de soins formés aux gestes de première urgence R3.11.1, R3.11.3, R3.11.4 Suivi des AFGSU valides, programme institutionnel, indicateurs de couverture
Exercices de mise en situation R3.11.2, R3.11.5, R3.11.6 Planning de simulations in situ, débriefings, actions décidées
Chariots ou sacs adaptés et immédiatement accessibles R2.5.1 à R2.5.3, R2.6.2 à R2.6.4, R2.7.1 Plan de sectorisation, listings adulte et pédiatrique, aide cognitive au chariot
Chariots ou sacs contrôlés, vérification tracée R2.5.4, R2.6.5 Fiches de contrôle, scellés, traçabilité après utilisation

Par où commencer : six étapes

Commencez par comparer votre organisation actuelle au texte, puis traitez d'abord ce qui est visible en visite : numéro, chariots, registre.

  1. Lisez la synthèse (pages 12 à 15) avec le référent médical, la direction des soins, la pharmacie et la qualité.
  2. Faites un état des lieux : numéro par site, circuit de nuit, chariots, registres, couverture AFGSU.
  3. Révisez la procédure selon les quatre volets, circuit sans médecin et visiteurs compris.
  4. Standardisez les chariots et installez votre aide cognitive.
  5. Ouvrez le registre unique et programmez la première revue de morbi-mortalité.
  6. Planifiez les simulations in situ dans chaque secteur, de jour et de nuit.

Learning Experience accompagne cette mise en conformité : audit du dispositif, révision de la procédure, sectorisation du matériel et simulations in situ. Voir notre accompagnement au critère 2.2-12. Pour un échange sur ces recommandations, rejoignez le webinaire « Visites HAS 2027 : urgences vitales et cellule de crise » du 26 novembre 2026 à 11 h, gratuit.

Questions fréquentes

Les recommandations UVIH 2026 sont-elles des recommandations de la HAS ?

Ce sont des recommandations de bonne pratique élaborées par la SFAR, la SFMU et la SRLF, avec l'accompagnement de la HAS, qui leur a attribué son label. Le Collège de la HAS les a adoptées le 3 septembre 2026 et elles sont en ligne depuis le 28 septembre 2026. Le label garantit le respect de la méthode et de la prévention des conflits d'intérêts.

Le numéro 2222 est-il obligatoire ?

Non. Le numéro unique est recommandé (R1.3.1, grade 2). Le choix du 2222 est un avis d'experts (R1.3.2), aligné sur les propositions européennes. Le référentiel 2027 exige un numéro d'appel unique et dédié, connu des professionnels, sans fixer sa valeur. Passer au 2222 demande un projet technique, un nouvel affichage et des tests.

Que faire la nuit sans médecin sur place ?

Les experts suggèrent qu'en l'absence de médecin compétent en soins critiques, la réponse initiale repose sur des protocoles locaux d'intervention et un recours immédiat au SAMU (R4.12.2). La fiche pédagogique HAS ajoute que cette organisation est construite avec le SAMU et vise l'intervention la plus rapide possible d'un médecin.

Faut-il un registre par service ou un registre unique ?

Un registre unique. Les experts suggèrent un registre institutionnel unique de suivi de la filière (R3.9.1), commun à toutes les équipes spécialisées. Il recense chaque urgence vitale réelle, avec les délais, les événements indésirables et le devenir du patient, et alimente des revues de morbi-mortalité régulières (R3.9.2).

L'AFGSU suffit-elle pour suivre ces recommandations ?

Non. L'AFGSU 2 valide est le socle réglementaire (R3.11.1). Les recommandations ajoutent la simulation (R3.11.2), un programme institutionnel tracé avec indicateurs (R3.11.3), un entraînement annuel à l'arrêt cardiaque pour les équipes non spécialisées (R3.11.5) et des séances pluriprofessionnelles avec débriefing (R3.11.6).